La Vie devant soi, Romain Gary, Emile Ajar, éducation, morale, société, condition humaine, Shoah, Auschwitz, prostitution, violence, roman d'apprentissage, épicurisme, bonheur, François Bondy, Roberto Benigni, La Vie est belle, Zola, L'Assommoir, Madame de La Fayette, esthétique classique, narration, terrorisme, La Nuit sera calme
Dans le cadre de la séquence sur le parcours « individu, morale et société », j'ai choisi de vous présenter l'oeuvre de Romain Gary, La Vie devant soi, publiée en 1975 sous un pseudonyme d'auteur, Emile Ajar. Ce roman m'a d'abord surprise, puis attirée. Je l'ai lu pendant que nous abordions en classe La Princesse de Clèves. Le contraste a été saisissant : la narration à la première personne dans un français improbable, les personnages populaires et cette Cour des Miracles moderne, tout tranchait avec l'esthétique classique du récit de Madame de La Fayette, écrit trois siècles auparavant.
[...] Sa vie est derrière elle. Ensuite Gary crée une foule de personnages attachants qui donnent vie au quartier de Belleville, un peu comme l'a fait Zola dans L'Assommoir. Monsieur Hamil, le Docteur Katz sont des personnages masculins positifs, qui éduquent Momo et aident Madame Rosa tout comme Monsieur N'Da Amédée qui mourra mutilé et jeté dans la scène, ce qui rappelle combien la rue est dangereuse. Enfin Nadine apporte un rayon de soleil en recueillant Momo à la fin du récit. [...]
[...] II Ce roman croise ainsi les mots-clés du parcours de lecture qui nous était proposé : individu, morale et société. Il aborde en effet tous les problèmes du XXème Siècle. Celui de l'immigration et de la cohabitation des communautés est le plus évident. Le quartier de Belleville est peuplé essentiellement des migrants qui sont arrivés d'abord d'Europe de l'Est, puis ce furent les juifs exclus de Tunisie ou d'Algérie, enfin les musulmans et les Africains. Les activités de ces déclassés n'empêchent pas une véritable solidarité de s'installer. [...]
[...] C'est un bel hommage que Romain Gary adresse à sa mère et l'amour sert de fil conducteur. Mais ici il est moins formel que dans La Promesse de l'aube, paru quinze ans plus tôt. Entre Momo le polyglotte qui veut devenir quelqu'un d'important et le jeune Roman Kacew les points communs sont innombrables. Leurs changements d'identités, leur envie d'écrire, leur passion pour la littérature tous ces indices aboutissent à la publication sous un pseudonyme de ce roman passionnant et créent des liens avec la vie de l'auteur. [...]
[...] La force ce roman c'est qu'il n'y a aucun jugement, aucun système manichéen. Chacun peut être tour à tour bourreau ou victime, sublime ou pitoyable. C'est la morale que délivre Romain Gary, il propose de ne pas tomber dans le désespoir mais de profiter, dans une approche épicurienne des petits plaisirs de la vie. Malgré ses origines, même si Madame Rosa s'inquiète auprès du docteur Katz d'une éventuelle hérédité violente pour Momo, celui-ci aura la possibilité de devenir, comme il le souhaite, policier, terroriste ou écrivain. [...]
[...] Le titre, La Vie devant soi, place Momo au c?ur du roman. Il en est le narrateur, il est le lien entre tous les autres protagonistes. Son avenir est le point final de la fiction. On retrouve ici les clés du roman d'apprentissage, c'est-à-dire celles d'un jeune personnage qui découvre le sens de la vie, au cours d'expériences fortes et souvent douloureuses. Momo n'est pas épargné par la vie, il sent d'abord orphelin, recueilli par Madame Rosa, puis apprend à la fin du roman que son père, un proxénète a tué sa mère et a été interné, père qui décède lors de leur rencontre. [...]
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