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Jean Cocteau est un auteur français du vingtième siècle. Selon lui, un « beau livre est un livre qui sème les points d'interrogation à foison ». Que faut-il entendre par « beau livre » ? Est-ce un livre qui se caractériserait par son esthétisme, ce n'est pas ce que l'on peut déduire à première vue compte tenu de la suite de la phrase qui insiste davantage sur le contenu de l'oeuvre en question. La métaphore de la semaison nous amène à voir l'auteur d'un « beau livre » comme un agriculteur qui répandrait des graines amenées à germer ensuite dans l'esprit des lecteurs. Les « points d'interrogation », quant à eux, évoquent des questions.
Nous tenterons de répondre à ce problème à travers l'étude de trois exemples littéraires différents.
[...] Doit-on considérer qu'un bel ouvrage est nécessairement un livre qui suscite la réflexion chez le lecteur ? Jean Cocteau est un auteur français du vingtième siècle. Il s'exprima aussi bien dans le roman Les Enfants terribles, que le théâtre, La Machine infernale ou encore le cinéma, Les Parents terribles et Le Testament d'Orphée. On ne peut vraiment le rattacher à un quelconque courant littéraire puisqu'il ne s'est réclamé d'aucune école ni d'aucun mouvement. Il se revendiqua avant tout comme poète dans tout ce qu'il entreprenait. [...]
[...] Quand on réfléchit à un livre qui nous fait nous poser des questions, nous sommes amenés à songer à L'Étranger d'Albert Camus. En effet, dès le début du roman, nous sommes complètement décontenancés par le personnage de Meursaut, le personnage principal du roman, qui évoque de manière extrêmement froide le décès de sa mère : « aujourd'hui Maman est morte ou bien hier je ne sais plus ». À aucun moment, l'auteur n'intervient pour expliquer le fonctionnement de son personnage, nous laissant dans la perplexité la plus totale. [...]
[...] Lorsque le personnage principal, Meursault, tue un arabe, il va juste expliquer aux juges que c'est à cause de la chaleur. Dans la suite du roman, Meursault est évidemment arrêté pour le crime qu'il a commis mais sa réaction est surprenante. Déjà, son attitude embarrasse beaucoup son avocat, il répond avec une franchise et une naïveté déconcertante. Il semble n'éprouver aucune culpabilité mais est juste excédé par la longueur de son procès qui le plonge dans un certain ennui. C'est l'attitude qu'il a montré durant l'enterrement de sa mère qui interroge surtout les juges parce que la réaction lors de cet événement normalement douloureux n'est pas comprise par ces juges, elle pose question justement. [...]
[...] Cependant, nous pouvons opposer que le souci d'une telle ?uvre est que justement le lecteur n'a pas de réponses à la fin de lecture du livre. Une telle ?uvre nous fait réfléchir indéniablement mais le lecteur peut-il en tirer un enseignement qui le fera agir différemment dans sa vie, un peu comme une fable. L'Étranger correspondrait potentiellement à ce « beau livre ( . ) qui sème les points d'interrogation à foison ». Le lecteur y est sans perpétuellement perturber dans sa conception traditionnelle des choses, dans sa vision du monde, il doit toujours repenser ses catégories et lorsqu'il referme le livre, il est toujours dans l'interrogation vis-à-vis du sens à donner à cette ?uvre et même par rapport à la vie. [...]
[...] Néanmoins, au travers de ces différents approches successives, on peut se poser la question de savoir si ces différentes analyses ne sont pas forcées, si elles ne sont pas arbitraires, si les critiques ne cherchent pas à appliquer à tout prix leurs théories voire s'ils ne se livrent pas à un exercice narcissique de « réécriture ». Barthes considérait la critique comme relevant de l'écriture. Nous avons donc étudié comment un « beau livre » pouvait « semer des points d'interrogation à foison » à partir desquels les critiques ont pu proposer leurs analyses. Tâchons d'étudier d'autres façons dont un « beau livre » peut être un livre qui « sème des points d'interrogation à foison ». [...]
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