Horace, tragédie classique, XVIIe siècle, fratricide, devoir d'État, humanité, dialectique cornélienne, littérature classique française, Université Lyon 2
Durant le XVIIe siècle, le théâtre classique français a connu l'âge d'or. Il a été particulièrement marqué par deux grands genres : la comédie, mais également par la forme tragique, noble par excellence. Cet essor remarquable, fort de l'ambition des auteurs de représenter sur scène les conflits les plus nobles et les plus déchirants des sentiments humains : la tragédie classique devient alors le porte-étendard et le prisme de la condition humaine. D'un héritage antique et régi par une série de règles strictes, notamment les trois unités - la bienséance et la vraisemblance. Elle obéit harmonieusement aux principes établis par Aristote : selon lesquels l'agencement des événements doit susciter chez le spectateur la terreur et la pitié. Cependant, la dimension métaphysique de destin tragique est totalement occultée. La purification devient alors une catharsis - dans la continuité de ce cadre, Pierre Corneille s'impose comme un dramaturge inconditionnel. Par son style, son oeuvre s'inscrit dans la continuité de la tradition tragique, et par sa vision héroïque de l'homme, capable de se hisser au-dessus de ses instincts et de ses liens affectifs - afin de défendre un idéal supérieur.
[...] Le spectateur comprend que Camille n'est pas seulement tuée, mais elle est également offerte comme une victime expiatoire, et Horace, en prêtre laïc, s'élève et s'abaisse à la fois. Dans l'?uvre d'Horace, le fratricide n'est pas un simple épisode spectaculaire : il renouvelle radicalement la tragédie classique en poussant à l'extrême la logique du sacrifice civique. Par le sacrifice familial, l'ambivalence symbolique et réel devient une charge poétique du verbe « immoler ». Corneille intensifie la terreur et la pitié, offrant un nouveau modèle de tragédie. Ainsi, l'horreur se déploie dans la langue et l'acte. [...]
[...] - Effet sur le spectateur L'attention du spectateur oscille entre l'admiration pour le héros et le dégoût pour son acte. La conjonction du symbole (sacrifier l'innocence) et du réel (meurtre concret) crée une ambivalence émotionnelle : puissance inédite dans la tragédie classique. Rôle du verbe « immoler » - Choix lexical fort Corneille emploie à plusieurs reprises le verbe « immoler » pour désigner le meurtre de Camille. Ce verbe, d'abord lié aux sacrifices religieux, confère à l'acte une dimension sacrée et rituel. L'usage d' « immoler » introduit une distance poétique par rapport à la cruauté du geste. [...]
[...] Cette seule intrigue concentre totalement l'intention du public sur la tension entre le devoir civique, et les liens familiaux ; le socle de la tragédie classique. Unité de lieu L'action se déroule dans deux espaces très proches, mais bien distincts. Cette proximité spatiale constitue une entorse mesurée à l'unité stricte, renforçant l'effet de bulle tragique : - Le parvis du temple de Jupiter Stator à Rome (Acte I et III), lieu de la décision, du retour et du jugement. - La frontière d'Albe où a lieu le duel (Acte II). [...]
[...] En quoi Horace illustre-t-il la tragédie classique du XVIIe siècle tout en la renouvelant par la radicalité du fratricide et la tension entre devoir d'État et sentiments humains ? Licence littérature classique française - dissertation Introduction I. Les fondements de la tragédie classique dans Horace Les unités thématiques Les émotions dans la poétique II. Le fratricide : innovation et intensification du tragique Le sacrifice familial Fratricide, symbolique et réel Rôle du verbe « immoler » III. Devoir d'État et humanité : la dialectique cornélienne La liberté contre la fatalité Admiration versus pitié Les résonnances politiques Conclusion Introduction Durant le XVIIe siècle, le théâtre classique français a connu l'âge d'or. [...]
[...] C'est en franchissant l'ultime frontière que le fratricide de la pièce renouvelle radicalement le genre dramatique classique. En faisant « immoler » la s?ur du héros, Corneille inscrit l'?uvre dans la langue et dans le rite théâtral. Une tension inédite est née : le sacrifice familial qui piétine sur le fait de la « loyauté civique », afin d'interroger le spectateur sur la portée, et le coût du devoir d'État. Entre l'opposition de la liberté du choix d'Horace et la fatalité tragique : cette tension se cristallise - en contraste des héros antiques asservis aux destins divins. [...]
Source aux normes APA
Pour votre bibliographieLecture en ligne
avec notre liseuse dédiée !Contenu vérifié
par notre comité de lecture