Camus, altérité sociale, classe sociale, monde bourgeois, Bourdieu, sociologie, éducation, culture, inégalité sociale, littérature autobiographique, exclusion sociale, identité sociale, L'Étranger, Le Premier homme, altérité nationale, roman autobiographique, colonisation française, universalisme, littérature française, identité, Algérie, représentation, postcolonialisme
On est souvent tenté de percevoir le personnage de Meursault dont l'indifférence à l'égard du décès de sa mère nous heurte comme un monstre d'inhumanité, comme un être froid et insensible. Cependant, ce personnage peut être utile en quelque sorte d'un point de vue expérimental.
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Dans la deuxième partie du roman intitulée « Le Fils ou le premier homme », le personnage de Jacques Cornery, double évident d'Albert Camus, découvre une forme d'altérité qui n'est pas celle telle que l'on peut l'entendre traditionnellement, l'altérité territoriale en quelque sorte de l'étranger, ou encore l'altérité sur le plan du genre, mais l'altérité sociale en quelque sorte. Le personnage de Jacques Cornery, d'origine modeste ou plus que modeste, est un brillant élève à qui son parcours scolaire, son intelligence et son travail vont permettre de se hisser sur le plan social, à commencer par le lycée dans lequel il fait sa rentrée au début de cette section.
[...] Et c'est pourquoi le Français dans cet extrait semble perdre tout courage dans l'affrontement physique : « la plupart du temps, c'étaient eux (la foule) qui maintenaient l'Arabe qui se battait avec fureur et ivresse pour le faire partir avant l'arrivée des agents, vite prévenus et vite rendus, et qui embarquaient sans discussion les combattants, passants, malmenés sous les fenêtres de Jacques pour aller au commissariat25 ». On remarque donc l'altérité qui sépare les Français et les Arabes dans cet extrait. Et Jacques est aux premières loges pour assister et décrire avec une certaine minutie les deux camps séparés par une radicale altérité. Bibliographie Bourdieu Pierre et Passeron Jean-Claude, Les Héritiers, Paris, Les Éditions de Minuit. Camus Albert, L'Étranger, Paris, Gallimard, 1942. [...]
[...] Tous les matins, à six heures un quart (sauf le dimanche et le jeudi), Jacques descendait quatre à quatre l'escalier de sa maison, courant dans l'humidité de la saison chaude ou bien la pluie violente de l'hiver qui faisait gonfler sa poitrine comme une éponge, il tournait à la fontaine dans la rue de Pierre et, toujours courant, gravissait les deux étages pour frapper doucement à la porte23 ». L'auteur se sert ici d'une métaphore pour exprimer l'attachement à ses origines à travers le « berger kabyle ». [...]
[...] On retrouve également un certain appétit de la vie dans ce qu'elle peut avoir de plus matériel, sensuel, sensoriel avec l'humidité, la pluie des saisons chaudes et les sensations que cela provoque sur son corps. La structure même de la phrase est bien représentative de l'appétit de vie du jeune homme et surtout e son attachement à ses origines modestes, à la vie simple des paysans dont il fait partie et pour lesquels le monde bourgeois et tous les éléments qu'il contient se présentent comme une forme radicale d'altérité, d'altérité sociale et en partie également géographique comme nous pouvons l'observer dans ce passage caractéristique. [...]
[...] Aussi, Albert Camus, parce qu'il n'a donc pu hériter d'un certain capital culturel, se sent en marge de la bourgeoisie qui en dispose : « Pour la famille de Jacques, le latin par exemple était un mot qui n'avait rigoureusement aucun sens. Qu'il y ait eu (en dehors des temps de la bestialité, qu'ils pouvaient au contraire imaginer) des temps où personne ne parlait français, que des civilisations (et le mot même ne signifiait rien pour eux) se fussent succédé dont les usages et la langue fussent à ce point différents, ces vérités n'étaient pas parvenues jusqu'à eux. [...]
[...] Et ce moi que je suis, je le suis dans un monde qu'autrui m'a aliéné, car le regard d'autrui embrasse mon être, corrélativement les murs, la porte, la serrure ; toutes ces choses-ustensiles, au milieu desquelles je suis, tournent vers l'autre une face qui m'échappe par principe12 ». Dans cet extrait, le philosophe explique combien notre identité nous parvient grâce à l'autre mais également nous échappe. C'est pourquoi il utilise le terme très fort d' « aliénation ». Notre moi, notre identité nous échappe d'une certaine manière dans la confrontation avec l'altérité. Jean-Paul Sartre va jusqu'à dire que nous nous confondons avec ces « choses-ustensiles » que sont « les murs, la porte, la serrure » mentionnées à travers une énumération. [...]
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