HLP Humanités Littérature Philosophie, Essais, Des Cannibales, Des Coches, Montaigne, humanisme, colonialisme, morale humaine, critique
Ce contrôle de lecture vise à approfondir votre compréhension de l'oeuvre de Montaigne.
[...] Le récit des morts cruelles auxquelles les Européens ont livré les deux monarques de ce monde est tout à fait éclairant à cet égard. Non seulement y lit-on la méconnaissance et l'incompréhension des Européens, mais pis encore, on y trouve un portrait de colons bien plus sauvages, immoraux, cupides, violents, que ceux qu'ils appellent barbares. Ainsi, après que le roi du Pérou eut payé sa rançon d'un poids d'or supérieur à ce que les chevaux des ravisseurs européens ne pouvaient porter, ces derniers en voulurent davantage et accusèrent hypocritement le roi « avec une fausse preuve » avant de le brûler vif, et de feindre des funérailles fastueuses pour ne pas s'attirer les foudres de son peuple. [...]
[...] Cette dernière ressort tout particulièrement à la fin de l'essai sur les Cannibales, où Montaigne pose ironiquement, après avoir fait connaître le caractère vertueux d'un chef qui ne tire de son rang qu'une satisfaction : marcher premier à la guerre ; que « tout cela ne va pas trop mal : mais quoi ils ne portent point de hauts de chausses ». Cette remarque insinue l'incapacité des européens à distinguer l'être du paraître, la vertu morale des Indigènes passant tout à fait inaperçue aux yeux des Européens, qui se détournent avec dédains de ces hommes et de leur modeste apparat. [...]
[...] Or, dans son analyse des m?urs des habitants du nouveau monde, Montaigne n'entend pas aller dans le sens de l'opinion commune. Dans les deux essais que sont les Cannibales et les Coches (III, Montaigne considère que les indigènes ne sont pas « moins civilisés » que les Européens, mais seulement de m?urs distinctes, et qu'une telle position résulte d'une incompréhension de leurs valeurs et de leurs coutumes : « il n'y a rien de barbare et de sauvage dans cette nation, d'après ce que l'on m'en a dit, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas dans ses coutumes ». [...]
[...] L'humaniste est donc ouvert d'esprit, curieux et respectueux de l'autre, il nourrit la tolérance comme un gage de sagesse et aspire à l'établissement de relations pacifiques entre les hommes et entre les nations. Montaigne s'inscrit ici dans le courant humaniste, puisque qu'il invite à mettre de côté les prétentions hiérarchiques et arrogantes du peuple auquel il appartient, pour ouvrir sa pensée à une culture fondamentalement différente, mais dont il parvient à montrer que, pour incompréhensible qu'elle puisse paraître au premier abord, elle n'en est pas moins humaine - et sans doute les « sauvages » décrits ici sont-ils plus humains que ceux auxquels ils ont affaire. [...]
[...] Dans les Cannibales, il insiste sur la simplicité de leur mode de vie, proche de la nature, qu'il associe à une forme de sagesse plutôt qu'à un état précaire, primitif. La bienveillance que les membres de ce peuple entretiennent les uns à l'égard des autres est aussi soulignée : les hommes s'appellent entre eux des « frères », les femmes ne s'irritent pas de la polygamie et au contraire, se plaisent à partager un époux qui en est honoré? L'absence de mesquinerie, le primat du collectif sur l'individuel, est ainsi mis en confrontation avec l'hypocrisie et l'avarice européennes, qui ressortent tout particulièrement de l'attitude profondément malhonnête des colons à l'égard des rois du nouveau monde. [...]
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