Théorie de l'état stationnaire, David Ricardo, croissance économique, Innovation et progrès technique, mondialisation, capital humain, Chômage, crise économique, pays en développement, ressources naturelles, démographie, facteurs environnementaux, facteurs politiques, facteurs sociologiques, facteurs écologiques, politique économique
Il y a deux siècles, l'économiste David Ricardo conceptualisait la notion d'état stationnaire, représentant la vision qu'il avait du destin à terme de toute économie, qui serait vouée selon lui à atteindre un point de stagnation. Cet état résulterait de l'épuisement du capital humain, des ressources naturelles, ou encore du progrès technique. Ce modèle théorique était-il cohérent ? S'il l'était, il aurait pu servir à étayer les analyses supplémentaires de Malthus. Toutefois, Ricardo ne pouvait pas prévoir qu'il entrerait dans une ère de progrès technique et de croissance inédite, qui aurait pu rendre sa théorie caduque ou, au mieux, la repousser pendant des décennies.
Le monde du XXIe siècle, marqué par le phénomène de mondialisation et par plusieurs révolutions technologiques successives, est très différent de celui de Ricardo. [...]
Nous allons montrer comment, bien que les défis économiques mondiaux actuels paraissent justifier la théorie de Ricardo concernant un état stable, les espoirs et les inquiétudes suscités par les perspectives offertes ainsi que les incertitudes liées aux connaissances actuelles font que ce concept reste spéculatif.
[...] A près d'un demi-siècle de croissance en berne s'ajoute, entre autres préoccupations, une crise environnementale dont les conséquences humaines comme économiques pourraient bien être dévastatrices. Au-delà des questions conjoncturelles, c'est donc tout un modèle économique qui inquiète toujours davantage quant à sa viabilité. Ricardo pourrait certes, à notre avis, se trouver évoqué en toute pertinence ; dans les faits, pourtant, peut-être même son modèle d'économie stationnaire n'est-il plus aussi évident, le caractère a priori stable de celle-ci semblant loin d'être garanti aujourd'hui. [...]
[...] Dans un second temps, nous nous interrogerons sur les limites de cette analyse, d'abord en envisageant que de nouveaux leviers de croissance apparaissent de la même manière que le progrès technique et le commerce international, entre autres, ont largement contribué à retarder d'au moins deux siècles les hypothèses de Ricardo, ensuite par une analyse nettement moins optimiste, en démontrant la vulnérabilité de notre système actuelle, dusse-t-il se stabiliser à un état stationnaire. En apparence, plusieurs des caractéristiques théoriques de l'état stationnaire semblent s'établir Un ralentissement de l'économie en apparence durable Dans les pays occidentaux, aujourd'hui encore les Trente Glorieuses continuent de représenter un âge d'or des économies nationales, durant lesquelles la croissance était au rendez-vous, à l'inverse d'un chômage resté marginal. [...]
[...] Nous nous apercevons, notamment, que les ressources doivent être utilisées avec parcimonie, et qu'il nous est donc impossible d'accroître en permanence leur exploitation. Tous ces enjeux de notre siècle semblent donc aller vers l'hypothèse d'une stabilisation progressive de l'économie, autour de la production maximale à la fois dont une population également stable ait besoin, mais aussi dans un souci d'usage raisonné et volontairement limité des ressources. Pourtant, comme nous allons désormais le démontrer, ce modèle reste loin de faire l'unanimité. [...]
[...] que rencontre aujourd'hui notre économie sont également trop importantes pour que nous considérions comme acquise une économie stable. Parler d'économie stationnaire semble à notre avis ne se justifier qu'en le considérant en vase clos, sans tenir compte de la réalité du monde extérieur - ce qui, on le sait, est tout à fait incohérent, un système économique ne pouvant qu'être lié à des populations, elles-mêmes concernées par d'autres enjeux. A notre avis, la meilleure approche à avoir dans les prochaines décennies quant au suivi de notre situation économique devrait donc être de la lier davantage aux autres sciences qui concernent l'évolution de notre humanité, des sciences et technologies pures aux sciences sociales, pour aller vers un modèle économique plus réaliste, adapté aux besoins et stable sur le long terme - seule condition pour rendre viable des projections également de long terme. [...]
[...] Peut-être en vain, toujours est-il que nombre d'analyses contredisent la thèse de Ricardo. À l'inverse, et si escompter l'état stationnaire constituait une approche optimiste ? Nous avons jusqu'à présent orienté notre questionnement selon la disponibilité ou non d'une croissance future, revenant à nous demander si une croissance resterait disponible ou si nous devrions nous résoudre à l'état stationnaire de Ricardo. Une autre hypothèse fait aujourd'hui son apparition avec des arguments très sérieux, selon laquelle non seulement la croissance appartient au passé, mais l'état stationnaire, contrairement à ce que pensait Ricardo, ne sera lui-même pas viable ; inquiétante, elle est suffisamment réaliste pour que nous la posions. [...]
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