Littérature médiévale, église, clergé, hypocrisie, satire, éloquence, diable, éducation religieuse, autorité cléricale, ironie, Monseigneur de Crequy, chevalier, ordre de la Toison dOr, Cent nouvelles nouvelles, Fabliaux érotiques, comique, morale
Les Cent nouvelles nouvelles inaugurent la littérature française à l'orée de la Renaissance. Écrits sur une commande de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, ces contes développent des mises en scène caustiques du clergé et des femmes. Selon le principe d'attribution narrative qui veut que chacune des cent nouvelles soit prise en charge par un narrateur de la cour du duc de Bourgogne, la treizième nouvelle est censément relatée par Monseigneur de Crequy, chevalier de l'ordre de Monseigneur et met en scène un ermite qui cherche à satisfaire ses désirs charnels par des moyens fatalement non canoniques. Le passage considéré se situe au coeur du récit et fait suite à l'élaboration d'un stratagème itératif de l'ermite destiné à induire une mère à croire qu'elle a eu une vision nocturne venue de Dieu lui demandant de lui livrer sa jeune fille afin qu'il ait un rapport sexuel et l'engrosse pour donner un fils à l'église : « Il cognoistra ta fille et d'eulx viendra ung filz eleu de dieu et destiné au saint Siege de Romme (...) » (p. 98). L'extrait consomme la réussite du stratagème de l'ermite en même temps qu'il ouvre au lecteur une fenêtre sur la consommation sexuelle.
[...] Littérature médiévale - Pensez-vous que le comique soit fondé sur un abandon de la morale ? Cent nouvelles nouvelles, XIIIIe nouvelle Les Cent nouvelles nouvelles inaugurent la littérature française à l'orée de la Renaissance. Écrits sur une commande de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, ces contes développent des mises en scène caustiques du clergé et des femmes. Selon le principe d'attribution narrative qui veut que chacune des cent nouvelles soit prise en charge par un narrateur de la cour du duc de Bourgogne, la treizième nouvelle est censément relatée par Monseigneur de Crequy, chevalier de l'ordre de Monseigneur et met en scène un ermite qui cherche à satisfaire ses désirs charnels par des moyens fatalement non canoniques. [...]
[...] Le fabliau contient ainsi une réflexion sur le pouvoir du langage dans la dynamique de la satisfaction, y compris quand il doit adopter les valeurs éthérées et non charnelles du christianisme pour permettre la consommation de la chair. Nous sommes dans une esthétique du détournement et de la satire qui ne pouvait que satisfaire le lecteur averti de l'époque, entrainé dans la complicité avec l'ermite lubrique par sa connaissance des sous-entendus sexuels. Le lecteur est ainsi placé au carrefour entre la compassion pour la pauvre femme abusée et la tentation d'imiter l'hypocrisie si efficace de l'ermite pour satisfaire ses désirs sexuels. [...]
[...] Ainsi, de même que la scène nocturne des paroles prononcées à travers le mur a été répétée pour valider une prétendue demande charnelle divine si contraire à chasteté du religieux, il anticipe le projet de consommation de la chair dans l'extrait par un sermon. On observe ainsi une instrumentalisation par l'ermite du discours religieux. La critique de l'ermite hypocrite et lubrique relève de la caricature. En effet, alors qu'il sagit d'une figure de religieux qui a non seulement renoncé à la chair mais aussi à la vie sociale, il possède des désirs libidinaux qu'il va mettre en ?uvre par le biais d'un discours qui est censé l'en prévenir. [...]
[...] Il prend appui sur son docte savoir face aux femmes stupides. De même son argumentation adopte l'éloquence des décrétales : « Puis que Dieu veult et commende que je face lignée papale, voire et le daigne reveler non pas une foiz ou deux seullement, mais bien la tierce d'abundance, il fault croire, dire et conclure que c'est un hault bien qui de ce fait en ensuyvra » (l. 175-180). Le lecyteur ne peut manquer de reconnaitre la parodie d'un texte religieux, avec ses formules solennelles et redondantes (« veult et commende » / « croire, dire et conclure »), ses connecteurs argumentatifs qui rendent la démonstration imparable. [...]
[...] En outre, l'ermite évite soigneusement de formuler ses désirs en son nom propre. Le « je » est soumis à une autorité supérieure (« puisque Dieu veult et commende » l 175) voire s'afflige de ne l'avoir pas assez respectée (« [?] trop espoir j'ay différé de baillier foi à la saincte apparition » l 182-183). Les formules impersonnelles qui évoquent la soumission à la divinité sont aussi présentes (« il fault croire » l. 178-179). Les stratagèmes utilisent le masque - dont Molière se souviendra pour sa figure de Tartuffe - du religieux pour dissimuler les désirs charnels et personnels. [...]
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