Poésie lyrique, poète, René Char, poème, langage, émotion, universalité, lyrisme, modernité, action poétique, Mahmoud Darwich, La Voix d'Orphée, La Terre nous est étroite
"Il n'y a pas de lyrisme qui ne soit sentimental. Mais le sentiment doit être aussi individuel que générique car bien qu'il n'existe pas de coeur en général qui sente pour tous, (...) tout sentiment s'oriente vers des valeurs universelles ou qui prétendent l'être. Quand le sentiment écourte son rayonnement et ne transcende pas le moi isolé, borné (...), il s'appauvrit peu à peu et à la fin, chante faux." (Antonio Machado). Commentez ce propos d'Antonio Machado en vous appuyant sur des oeuvres littéraires.
[...] Une fois ce lien créé, il peut ainsi mettre la poésie en action, c'est-à-dire qu'il peut faire agir le poème. Pour cela, il utilise le rythme du poème, comme l'on menait la guerre en musique, il martèle son texte pour le rendre vivant et lui permettre d'agir. Le poète manie également la langue de manière à faire jouer la symbolique des mots et à créer un sous-texte au texte. Enfin, il se méfie de cette langue-là et mesure l'ampleur que pourrait prendre le poème si le mot dépassait la pensée par sa pluralité de sens. [...]
[...] Ainsi, celui-ci nous relate l'intimité de ce moment, puisque le mot « intime » est employé par l'auteur, nous plongeant dans le partage d'un moment privé, qu'il confie comme l'on confie un secret bien gardé. Cette intimité donne en partage un moment de plaisir, faisant ressentir aux lecteurs l'émotion qui est ressentie par le poète et donc suscitée par le texte. L'amour, ou le plaisir, prend alors une dimension universelle. La réalité est ainsi exposée aux lecteurs à travers le cadre spatial : le poète donne à voir son lieu de vie, son entourage, rend palpable sa poésie. [...]
[...] Le rapport du poète au monde passe par le chant que fait le poète de l'espace qui lui est connu. Dans son rapport au monde, le poète chante aussi son rapport à l'autre. Ainsi, Mahmoud Darwich fait aussi état des personnes qui lui sont proches dans divers poèmes comme « À ma mère », « Poèmes sur un amour ancien », ou « Mon père ». Le regard que porte le poème sur l'espace où autrui montre le rapport au monde du poète. Ce rapport au monde ancre le poète dans la société et la poésie moderne ne peut s'empêcher de se positionner sur les débats de l'actualité. [...]
[...] Le « je » du poète s'engage sur des questions actuelles qui chamboulent aussi les lecteurs. René Char, dans ses « Feuillets d'Hypnos », écrit : « Nous sommes tordus de chagrin à l'annonce de la mort de Robert G. (Émile Cavagni), tué dans une embuscade à Forcalquier, dimanche. Les Allemands m'enlèvent mon meilleur frère d'action, celui dont le coup de pouce faisait dévier les catastrophes, dont la présence ponctuelle avait une portée déterminante sur les défaillances possibles de chacun. » Dans cet extrait du feuillet 157, René Char évoque l'un de ses camarades morts sur le champ de bataille. [...]
[...] Son poème passe par le prisme de l'universel, mais aussi par le prisme de quelque chose qui dépasse l'universel, qui le transcende. Nombreux sont les exemples de l'appel céleste des poètes : « Ma mère illumine les dernières étoiles de Canaan autour de mon miroir / Et jette son châle dans mon dernier poème », écrit Mahmoud Darwich, mais encore, dans le poème « Suites pour un autre temps » : « Je n'ai besoin de rien pour rêver / Un peu de la parole de Dieu aux arbres me suffit / Et des mots, j'édifie un abri sûr / Pour la grue que le chasseur a manquée ». [...]
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