Vincent Crapanzano, anthropologie, identité culturelle, relation enquêteur-enquêté, enquête, éthique, sociologie, recherche, altérité, domination, décolonisation, morale humaine, violence, écriture anthropologique
« La demande de l'anthropologue peut être effrayante pour les gens avec qui il ou elle travaille. On leur demande de passer leur vie en revue, et parfois même de s'exposer. Ils peuvent ne pas comprendre la demande de l'anthropologue ; ils peuvent chercher un "équivalent" dans leur culture, un modèle que l'anthropologue qui cherche un récit de vie peut précisément rejeter [...]. Nous pouvons demander quelque chose qui est très étranger aux gens que nous étudions, et pouvons par là même, malgré nous, les "torturer" à cette fin ».
Crapanzano, Vincent, 1984 « Life-Histories... », American Anthropologist 86 (4) : 953-960.
- Vous analyserez cette citation de Vincent Crapanzano en la reliant aux réflexions relatives : à la relation ethnographique et aux politiques de l'enquête ; aux recherches sur la violence ; à l'écriture anthropologique.
[...] Dans cette optique-là, l'obligation morale de l'anthropologue ne se réduit pas à la simple enquête en elle-même ; elle englobe également la façon dont il présente les récits de violence dans ses écrits. B. Écrire l'autre, une entreprise délicate Dans l'ouvrage chorale de Didier Fassin, la chercheuse Sarah Mazouz s'interroge sur les mots à utiliser pour rendre compte des situations de discrimination raciale. L'enquête ethnographique se déroule en banlieue parisienne, où elle et Didier Fassin rencontrent des jeunes personnes racisées issues de milieux défavorisés ressentant de la stigmatisation. [...]
[...] E., Fortun Kim, & Fortun Kim. (1986). Writing culture: the poetics and politics of ethnography. University of California Press Fassin, D. (2014). Pouvoir discrétionnaire et politiques sécuritaires. Actes de la recherche en sciences sociales, 201-202 72-86. https://doi.org/10.3917/arss.201.0072 Fassin, D., & Bensa, A. (2008). Les politiques de l'enquête. [...]
[...] En effet, l'anthropologue s'introduit, observe et produit du savoir dans des termes qui pose parfois question tant à un niveau moral que politique. Dans son ouvrage, Didier Fassin souligne qu'aux Etats-Unis, les indigènes amérindiens se sont montrés parfois très critiques quant à cette science. Il cite le cas de Linda Tuhiwai Smith, qui en tant que chercheuse amérindienne, a fait porter sa voix dans le fait que les communautés amérindiennes souhaitaient contrôler (notamment en décolonisant les savoirs des sciences sociales) et produire les études qui les concernent. [...]
[...] Pierre Bourdieu, s'interrogeait lui-même dans le cadre de la recherche sociologique sur cette violence symbolique qui devait à tout prix être exclue de la relation enquêteur-enquêté, avant d'ajouter qu'il était impératif pour le sociologue d'adopter une posture réflexive. Il disait au sujet de l'enquête qu'instaurer une relation d'entretien, c'était d'abord de réfléchir aux effets produits sans le savoir sur les enquêtés et c'est aussi essayer de mettre au jour, la représentation que se fait l'enquêté de la situation. Ainsi, nous verrons que questionner l'autre, peut être une entreprise potentiellement agressive et qu'écrire l'autre sans rendre compte de sa réalité constitue aussi une forme de violence symbolique. [...]
[...] En somme, nous nous demanderons ici : De quelles manières l'anthropologue peut-il adopter une posture réflexive quant à sa pratique d'enquête l'aidant à ne pas être le vecteur d'une violence symbolique ? I. Enjeux et critiques de la relation anthropologique A. La politique de l'enquête dénature les rapports entre enquêteur et enquêté En anthropologie, la production de données passe par l'enquête de terrain. Dans l'enquête de terrain, le recueil de données se fait alors au travers d'une mise en relation prolongée du chercheur et du milieu étudié. [...]
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