Susciter la peur, c’est souvent associé à l’emprise et à la domination, ce qui est à son tour souvent associé au pouvoir. Ainsi, l’instrument de la terreur a souvent été utilisé, et l’est encore aujourd’hui, comme un moyen de pression politique, que ça soit en politique intérieure ou à l’international. Pourtant, comme nous le savons, les régimes fondés sur le gouvernement par la peur n’ont jamais tenu au pouvoir éternellement. De ce fait, nous pouvons nous demander : pourquoi la peur est-elle un outil aussi puissant, et quelles en sont les failles qui font que ces régimes-là n’ont jamais perduré ? Pour répondre à notre interrogation, nous allons, dans un premier temps, analyser comment la peur est utilisée en politique pour prendre le dessus, et, dans un second temps, voir cette fois-ci ce qui atténue malgré tout le pouvoir que le fait de susciter la peur donne au début.
I. La peur en tant qu’instrument de domination
I.1 En politique intérieure
Aujourd’hui encore, une majorité conséquente de la population mondiale vit en dehors des régimes démocratiques. Par des régimes non démocratiques, nous n’entendons pas seulement ceux où les élections sont forcément absentes ou falsifiées ni forcément ceux où les pouvoirs ne sont pas partagés sur le papier. Mais nous entendons aussi, et surtout, les régimes où toute opposition est réprimée par la peur. Qu’il s’agisse des opposants politiques, de la presse, des médias ou encore de simples manifestants.
Par ce biais, les élections peuvent se dérouler au sein de ces régimes, mais la peur de la privation de liberté voire pour sa propre intégrité physique, instaurée par les régimes autoritaires, fait que personne ne s’y lance pour contrecarrer le pouvoir. Les masses renoncent longtemps à exprimer leur mécontentement et ces élections deviennent au contraire un outil de maintien du régime en place, laissant croire en une existence d’une démocratie dans le pays.
I.2 En politique internationale
Tout comme au sein de son propre pays où l’on gouverne, le fait de susciter la peur permet de maintenir une pression sur les peuples et politiciens des autres pays également. C’est, par exemple, dans ce but que certaines puissances se sont dotées de l’arme nucléaire : non pas pour qu’elle soit réellement utilisée, mais pour dissuader. Autrement dit, pour faire peur à ceux qui projetteraient d’attaquer directement la puissance en question. Et c’est dans le but de faire peur, et de mettre en garde l’opinion publique et les dirigeants des autres pays contre la confrontation avec les régimes autoritaires, que la menace nucléaire est aujourd’hui agitée, par exemple, par les régimes iranien et russe.
Et bien qu’il soit, en réalité, irrationnel de supposer l’éventualité d’un conflit nucléaire, parce que l’arsenal nucléaire est aujourd’hui tel qu’aucune partie ne serait gagnante à s’engager dedans, et qu’aucune ne s’y engagerait donc ; cette stratégie est paradoxalement efficace : en France, une majorité des citoyens redoute bel et bien un conflit nucléaire, et les partisans du non-engagement de la France contre ces régimes évoquent avant tout justement ce risque-là.
Cependant, comme nous allons le voir, bien qu’efficace sur le court voire sur le moyen terme, cet instrument de la peur a ses limites, et finit par se retourner contre celui qui l’emploie.
II. Limites de la puissance procurée par la peur
II.1 En politique intérieure
Comme nous l’avons dit, les régimes totalitaires gouvernant par la peur, ne sont jamais, par le passé, restés au pouvoir éternellement. Nous pouvons citer des exemples de toutes époques : destitution de Jules César autrefois, la Révolution française plus récemment ou le Printemps arabe il y a tout juste une quinzaine d’années. Car la peur termine par produire l’effet inverse ! À partir d’un moment, la peur fait que les peuples sont forcés de constater d’être dans une impasse : soit ils affrontent la peur, soit ils sont condamnés à toujours vivre sous la peur. Par instinct de survie, cela suscite une prise de conscience collective, amenant les peuples à se révolter contre les régimes autoritaires, poussant ces derniers à la démission ou à l’exil. Et comme nous allons le voir dès à présent, ceci ne s’applique pas seulement à la politique intérieure.
II.2 En politique internationale
Tout comme en interne, une répression par la peur finit par produire l’effet inverse également à l’international. Car lorsque la menace se fait ressentir, là aussi, dirigeants comme peuples constatent la nécessité de l’éliminer. Pour prendre l’exemple des régimes contemporains cités antérieurement, c’est bel et bien la menace nucléaire iranienne qui a poussé les Américains à une intervention ayant pour but de l’éliminer. Et c’est en grande partie la menace russe, révélée justement par cette stratégie de maintien de la peur, qui pousse aujourd’hui les Occidentaux à s’impliquer contre en Ukraine.
Ainsi, comme au national, la peur n’est une arme, au final, que d’une domination éphémère.
Conclusion
En conclusion, la peur est bel et bien une arme politique qui permet, jusqu’à un certain moment, de maintenir une pression, que cela soit sur son propre pays ou sur les autres. Mais également, c’est un instrument qui n’est finalement que provisoire car, et l’Histoire nous l’a montré plus d’une fois, il finit toujours par produire l’effet inverse et se retourner contre ceux qui dirigent par la peur. Et ceci fait que, au bout du compte et comme on dit, la peur finit par changer de camp.
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Sources bibliographiques
Le Grand Continent. (2025, 27 février). Seulement 6,6 % de la population mondiale vit en démocratie. Consulté le 31/01/2026 sur : legrandcontinent.eu
NODINOT, Alex. (2026, 21 janvier). Sondage EXCLUSIF : 8 Français sur 10 sont inquiets du risque de guerre nucléaire. L’Humanité. Consulté le 31/01/2026 sur : humanite.fr








