Licence 3 Science politique, participation politique, régime autoritaire, élections, révolution
Il est vrai que nous pouvons avoir tendance à croire que, dans les régimes autoritaires, de par l'autorité et la volonté de perdurer, il ne peut y avoir de participation politique de la part des « dominés », ou qui soit muselée ou faite pour ne plus du tout exister. Mais est-ce véritablement le cas ? Est-ce que ces deux notions (« participation politique » et « régime autoritaire ») sont incompatibles ? C'est pourquoi nous nous demanderons dans quelle mesure la participation politique est compatible avec les régimes autoritaires.
[...] En effet, pour définir les régimes autoritaires, nous reprendrons celle de Juan Linz. Selon lui, les régimes autoritaires sont « des systèmes politiques au pluralisme limité, politiquement non-responsables sans idéologie élaborée et directrice, mais pourvu de mentalité spécifique sans mobilisation politique extensive ou intensive excepté à certaines étapes de leur développement. Et dans lesquelles un leader ou occasionnellement un petit groupe exercent le pouvoir à l'intérieur de limites formellement mal définies, mais en fait plutôt prévisibles ». De même, pour la participation politique, on peut l'entendre comme l'action de participer au domaine du politique (qui vient de polis en grec, la cité) c'est donc de participer aux affaires qui concernent tous les « citoyens » quant à la gestion de la « Cité » ( au sens d'État, peu importe si elle est une république, une démocratie, une autocratie Cela peut passer par le vote aux élections, devenir militant ou homme/femme politique, exprimer ses idées et ses avis sur l'action politique, etc. [...]
[...] II- Comment cette participation s'exerce dans les régimes autoritaires ? Les moyens développés Toujours dans L'ouvrage The Weeping of the weak, James C. Scott distingue deux formes (dont nous ferons la liste) quant aux moyens pour les gouvernés de faire paraître une partie du texte caché dans le texte public sans pour autant se faire prendre et donc être condamné. D'abord les formes élémentaires : - Marquer un silence pesant qui provoque un malaise, voire trouble chez le dominant ; - Avoir une certaine tonalité qui peut indiquer un message subversif, voire un certain sarcasme ; - Avoir recours à l'anonymat notamment par la diffusion de tracts anonymes qui préserve les auteurs ; - Le spiritisme, par des épisodes en faisant semblant d'être possédé par des esprits, ce qui permet alors l'expression du discours caché et critique du système social de domination avec le système de croyance empêchant de s'approcher de la personne « possédée » ; - Les ragots (différents de la rumeur) qui ont pour particularité de dévaster la réputation d'un groupe ou d'un individu identifié ; - Avoir recours à la magie (contre des dominants, seigneurs, etc.) ; - L'utilisation des euphémismes (qui n'est pas exclusif aux dominants), voile leur message et tempère la charge que ces messages peuvent contenir ; - Marmonner avec attention pour ne pas tomber dans l'insubordination. [...]
[...] Pour reprendre la définition de Charles Tilly (1929-2008 ; sociologue américain) et Sidney Tarrow (1938- ; sociologue américain aussi) : « La politique du conflit est faite d'interaction où des acteurs élèvent des revendications qui touchent aux intérêts d'autres acteurs, ce qui conduit à la coordination des efforts partagés et où l'État se trouve impliqué, soit en tant que destinataire de la revendication, soit comme instigateur, soit comme tierce-partie ». Ainsi, la politique de conflit se trouve à la croisée entre la politique, le conflit et l'action collective et peut donc mener à une mobilisation (pétition, grève, manifestations, La mobilisation, c'est lorsque des individus, ou groupes qui n'avaient d'intérêts, se mettent alors à brandir des revendications en public, de manière conflictuelle. Un des éléments cruciaux, c'est la question de l'institutionnalisation et de l'organisation. [...]
[...] D'après Joseph de Maistre (1753-1821 ; contemporain de la révolution française) dans Considérations sur la France (1797), « ce qu'on appelle contre-révolution n'est pas une révolution contraire, mais le contraire de la révolution ». C'est-à-dire que la contre-révolution est celle menée par le haut et comprend trois composantes : la réaction (On se tourne vers un passé idéalisé, voire mythique), le conservatisme (On aspire à la préservation de l'ordre établi) et les contre-révolutionnaires. En conséquence, la révolution contre le régime autoritaire peut alors faire face à une contre-révolution menée par les dirigeants et les partisans du régime autoritaire. En conclusion, nous pouvons affirmer que la participation politique et les régimes autoritaires sont compatibles. [...]
[...] La taverne, la place de marché, les foules, etc? Ce sont des espaces sociaux non cadrés, des lieux de rassemblement et qui échappent donc au contrôle de la domination. Comme nous le souligne Edward P. Thompson (1924-1993 ; historien social, marxiste et britannique) dans son ouvrage, la Formation de la classe ouvrière anglaise (1963) où il souligne ces espaces sociaux non-quadrillés, qui ont alors permis une contre hégémonie : « Les campagnes étaient gouvernées par la gentry, les villes par des corporations corrompues, la nation par la plus corrompue de toutes les corporations. [...]
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