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Dans son essai « Sur le pragmatisme de William James », publié dans le recueil La Pensée et le Mouvant, Bergson montre que chez William James, le pragmatisme ne peut être réduit à son caractère instrumentaliste ; il faut y voir une analyse du réel comme surabondant, fluent, irréductible aux caractérisations conceptuelles dans lesquelles la parole l'enferme.
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Le réalisme est un courant artistique du XIXe siècle qui se caractérise par sa manière très crue de représenter le monde, la société. Une oeuvre réaliste « imite » la réalité au sens où, malgré son caractère fictif, les personnages et le monde qui y sont peints sont présentés dans un souci de vraisemblance et de précision, porté au plus haut point. Deux difficultés peuvent être soulevées quant à ce caractère mimétique de l'art réaliste.
[...] D'abord, une telle définition du réalisme semble exclure que d'autres courants, comme par exemple le romantisme ou le surréalisme, « imitent » la réalité - pourtant malgré le caractère extraordinaire ou absurde de certaines productions artistiques, il est difficile de soutenir que ces créations ne soient absolument pas inspirées de la réalité. Même si elles les transforment, toutes les ?uvres s'appuient sur des choses réelles, ne seraient-ce que les êtres humains ou leur langage, qui y sont toujours imités - quoique parfois de manière détournée ou caricaturale. [...]
[...] Il semble légitime de se demander dans un dernier moment si l'on peut bien parler d'imitation en même temps que l'on parle de création, puisque dans l'art ce qui est « imité » de la réalité, n'est en réalité que prétexte à la saisie d'un sens, qui lui, n'est pas imitation. Selon Hegel, l'art n'est pas imitation dès lors qu'il est le surgissement de l'esprit dans la matière, la révélation de l'esprit à lui-même, sa saisie propre par lui-même. Il semble délicat de dire que l'art imite la réalité, puisque ce que l'esprit saisit comme réalité dans l'art, ne lui préexiste pas comme réalité : l'esprit saisit sa réalité dans l'art, il la constitue comme telle en la saisissant - elle ne lui préexiste pas. [...]
[...] Plutôt qu'imitation de la réalité, l'art est donc création d'une réalité. Pour conclure, si l'art semble toujours imiter quelque élément de la réalité, ce n'est jamais qu'en tant qu'il y a dans l'art création - puis reconnaissance - par l'esprit, de ce qu'il a constitué comme sa réalité propre. Ce n'est pas dans une « réalité » extérieure à l'esprit, à la raison humaine, qu'il faut chercher le fondement ni la fin de l'art ; l'art n'est pas une imitation, mais une mise en matière de ce qui, hors de la matière, n'existe que dans l'esprit humain. [...]
[...] Sans doute l'art n'est-il pas une imitation, mais une création. La copie d'un chef-d'?uvre, quant à elle, n'est qu'une imitation - et sans doute les trompe-l'?il de Zeuxis n'étaient-ils pas de véritables ?uvres d'art. [...]
[...] Il est d'ailleurs évident que, malgré le réalisme de certaines ?uvres, on ne peut soutenir qu'il s'agit vraiment d'art quand l'imitation produite se confond avec la réalité : l'art est une imitation qui se dit comme telle, il n'imite pas la réalité dans le seul but de lui ressembler à s'y méprendre. Dans son essai « Sur le pragmatisme de William James » (La pensée et le mouvant) Bergson insiste sur le caractère construit, artificiel, composé de l'action théâtrale, comparée à l'action réelle de la vie humaine. L'art imite la réalité en y découpant des éléments qu'il recompose librement. L'art est une imitation intellectuellement construite - et la réalité en tant que telle est d'ailleurs, selon Bergson, inimitable. [...]
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