Solitude, société moderne, individualisme, technologie, isolement, capitalisme, industrie, liberté, relations humaines, monde moderne, solitude américaine, taylorisme, automatisation, travail, lien social, Edgard Degas, L'Absinthe, Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Sherry Turkle, Seuls ensemble, Michel Hannoun, condition humaine, société contemporaine, technologies de communication, téléphone, télévision, espace public, intimité, discussion collective, souffrance, Inventaire de nos solitudes, Valérie Colin-Simard
La solitude peut être souhaitée et bien vécue par certaines personnes. Cette réflexion autour de ce thème est reprise dans trois textes et un tableau qui constituent notre corpus : le premier texte, « Inventaire de nos solitudes », est une interview de Michel Hannoun par Valérie Colin-Simard transformée en article pour Le Magazine littéraire paru en 1991 ; le deuxième est un extrait du livre de Sherry Turkle, Seuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines, édité en 2011 ; le troisième est un passage du célèbre Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline paru pour la première fois en 1932 ; enfin, le dernier document est un tableau d'Edgard Degas, L'Absinthe, qui date de 1875-1876.
[...] Or, au lieu de construire une pensée et une force collective, la société produit l'effet inverse : « La solitude est un phénomène lié à l'existence des foules et de foules constituées d'individualistes ». Le repli des gens sur eux détruit en réalité la société. La solitude moderne est le signe d'une auto-destruction de la politique et du bien commun. Enfin, face à ces paradoxes, on est en droit de se demander si la solitude est une notion si ambiguë que cela. En effet, dans son interview, Michel Hannoun rappelle que la solitude peut aussi désigner un état favorable et désiré : « S comme solitaire, c'est-à-dire seul par goût de la solitude, E comme esseulé, c'est-à-dire seul parce qu'abandonné des autres, U comme unique, seul de son espèce, et enfin L comme libre, c'est-à-dire seul de décider ». [...]
[...] La même sensation est reflétée par le tableau de Degas : alors que la jeune fille se trouve dans un bar, lieu d'agitation publique par excellence, son regard perdu atteste de sa profonde solitude. L'homme à ses côtés ne semble pas plus se soucier d'elle. L'espace public accroît en réalité le sentiment de solitude, c'est ce qu'évoque la sociologue américaine lorsqu'elle montre les enfants « toujours dehors, mais sur leurs téléphones » ou alors lorsqu'elle développe l'anecdote du trajet en train : l'homme qui téléphone brise non seulement l'intimité de chacun mais aussi les possibilités de construire une discussion collective avec les personnes présentes. [...]
[...] En quoi la solitude est-elle alors le reflet d'une tension paradoxale entre individu et collectivité nourrie par la société moderne ? Nous verrons dans un premier temps que la solitude moderne est liée au questionnement sur les machines et les outils de technologique. Dans un deuxième temps, nous montrerons qu'il n'existe plus aucun lieu du collectif. Enfin, dans un troisième temps, nous chercherons à savoir si la solitude est une situation réellement ambiguë ou si elle n'est pas profondément négative. Dans un premier temps, les documents établissent un rapport conflictuel entre société moderne et position de l'homme : paradoxalement, les nouvelles machines permettent moins la construction d'une cité unie que d'un retour sur soi. [...]
[...] Pourtant leur présence me manque » témoigne d'une nostalgie ainsi que d'une mélancolie qui découle de ce constat de la solitude moderne. L'effacement des marelles dans Brooklyn renforce le pathétique de la situation. L'exemple de l'ami célibataire de Hannoun révèle la force pesante de la solitude : « Il me dit "Vous savez, le dimanche, ça devient de plus en plus difficile, je ne vois personne. Et à table, pour avoir l'impression d'une présence en face de moi, je me parle à voix haute". [...]
[...] De fait, la solitude ne peut plus être bénéfique pour les hommes car elle pèse sur eux et les renvoie à leur malheureuse condition. Mais en réalité, c'est moins l'homme seul qu'il s'agit de rejeter que les circonstances capitalistes qui conditionnent et favorisent cette solitude. [...]
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