La Boétie, Discours de la servitude volontaire, liberté, tyrannie, monarchie absolue, rhétorique, magistrat, révolte, gabelle, Montaigne, Guillaume de Lur Longa, littérature française, écrivain antique, société, dénonciation, indignation
Le Discours de la servitude volontaire a été écrit par un très jeune homme (16 ou 18 ans selon Montaigne), peut-être révolté par la répression qui a suivi la révolte contre la gabelle, en 1548. Le Discours se scandalise des méfaits de la tyrannie, dont le premier est la servitude volontaire, c'est-à-dire l'abdication sans regret de la liberté. La Boétie pousserait donc un cri « à l'honneur de la liberté contre les tyrans » (Montaigne, I, 28), devant le spectacle d'une liberté gravement perdue.
[...] A ~ L'EMPHASE DE L'INDIGNATION L'emphase4 est présente dans le Discours, dès le début. L'indignation se traduit dans un style énergique : « Mais Ô bon Dieu, que peut être cela ? comment dirons-nous que cela s'appelle ? Quel malheur est celui-là ? quel vice ? ou plutôt quel malheureux vice - voir un nombre infini de personnes, non pas obéir, mais servir [?]. » (§ Cette suite de questions sans réponses indique le caractère scandaleux de la servitude de tous à un seul. « Quelle peine, quel martyre est-ce, vrai Dieu ? [...]
[...] Le syntagme oxymorique « servitude volontaire » fait donc coïncider deux éléments opposés. La Boétie n'innove pas : depuis la Docte ignorance de Nicolas de Cues (1440) les érudits aiment faire coïncider deux éléments opposés. Avec cet oxymore, il s'agit de frapper l'esprit du lecteur. On remarque cependant que l'expression n'apparait guère dans le Discours proprement dit (une fois au § 26). La fameuse formule « soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres » est impossible à prendre au pied de la lettre. [...]
[...] Il s'agit, en de nombreux endroits, d'un « petit traité qu'on prendrait, selon la belle expression de Villemain, "pour un manuscrit antique trouvé dans les ruines de Rome, sous la statue brisée du plus jeune des Gracques5". Tout y est antique, en effet : la forme, l'inspiration, les pensées.6 » L'Antiquité sert presque toujours de référence : il y est question des Perses, des Grecs, des Romains qui s'avilissent dans la servitude. César et ses successeurs Caligula et Néron sont ses cibles. Les tyrannicides, Grecs ou Romains sont mis en lumière : Harmodius et Aristogiton ou Brutus. Il utilise les auteurs anciens, comme Hérodote, Plutarque, Sénèque, Suétone ou encore Tacite. [...]
[...] Rien de spontané, mais une volonté d'intégrer pleinement le Parlement de Bordeaux où il entre à un âge très jeune, faisant même l'objet d'une dispense. La seconde apostrophe révèle une « connivence politique » entre deux robins, comme l'a montré Guy Demerson11. Les deux magistrats sont partisans d'une « monarchie mixte » (Arlette Jouanna12) : La Boétie, lui aussi, rejette la monarchie quand elle est exercée par un seul homme, sans le Parlement. Celui-ci est une cour de justice qui tend à jouer un rôle politique dans la mesure où il contrôle les édits royaux, ayant le droit de remontrance. [...]
[...] Plutôt qu'un cri de révolte exhortant le peuple à reconquérir sa liberté, il s'agit d'un « avis13 » proposé par La Boétie à l'un de ses pairs. # De fait, La Boétie établit une différence entre le peuple et les courtisans. UNE DÉMONSTRATION : LE MÉCANISME DE LA TYRANNIE Il n'existe pas une servitude, mais des servitudes. Le « gros populas » (paysans et artisans), le « menu et grossier peuple » est réduit à la servitude telle qu'on l'entend habituellement : obéissance et soumission des corps. Mais le scandale suprême se trouve chez certains nobles, au sommet de la pyramide sociale. Les courtisans sont nobles et donc en principe « bien nés ». [...]
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