Balzac, La Peau de chagrin, XIXe siècle, réalisme, symbolisme, morale, éthique, histoire littéraire
Au XIXᵉ siècle, le roman devient un lieu privilégié de réflexion sur la condition humaine. Dans La Peau de chagrin, Balzac met en évidence l'illusion qui engendre la vulnérabilité de l'esprit, tout en révélant le moyen presque unique par lequel l'être humain tente de mettre fin à sa souffrance. Le personnage, qui demeure profondément typique, incarne une transformation radicale révélatrice d'un tiraillement intérieur, nécessaire pour se protéger du vide et de la déception. Ce passage met ainsi en tension le discernable et l'indiscernable, le visible et l'invisible de l'être humain. Dès lors, on peut se demander dans quelle mesure ce passage évoque la vérité de l'être humain à travers ses expériences, tout en mettant en scène des thèmes qui semblent contredire toute forme d'affectivité.
[...] Le vieillard est alors présenté comme une figure quasi prophétique, un modèle, une figuration symbolique. Ce dernier entretient une relation symbolique avec les figures religieuses, notamment dans la tradition judaïque, où la barbe grise est associée à la sagesse et à la dignité. Derrière l'apparente bizarrerie du personnage, Balzac fait ainsi émerger une figure porteuse de profondeur morale et d'une dimension prophétique. Le vieillard, antiquaire aux intuitions prophétiques « Il était impossible de tromper cet homme qui semblait avoir le don de surprendre les pensées au fond des c?urs les plus discrets. [...]
[...] Celle-ci est mise en lumière par l'usage d'images métaphoriques et de détails abstraits, qui confèrent à l'antiquaire une identité à la fois distinctive et déroutante. II- Le tiraillement entre le mal et le bien De l'effacement à l'identification Balzac redresse progressivement le portrait du vieillard avec minutie et semble peu à peu le valoriser. La phrase : « Une barbe grise et taillée en pointe cachait le menton de cet être bizarre » renvoie encore à une posture d'étrangeté et de confidentialité qui entoure le personnage. [...]
[...] La malice calme est plus dangereuse : elle permet de préserver cette flamme intérieure, cette force capable de protéger l'homme de la passivité du monde. Elle offre également à autrui la possibilité de se poser des questions profondes sur son existence. Ce personnage devient ainsi énigmatique et spécifique : personne ne peut pleinement déceler sa véritable personnalité ni comprendre ses pensées. Il demeure insaisissable et incompris. Balzac a parlé de la malice calme : il distingue une malice calme et une malice bruyante. [...]
[...] Il est parvenu à comprendre que les illusions affligent : de faux espoirs, de violentes désillusions et de véritables tourments naissent lorsque la réalité finit par réapparaître. Les illusions et les plaisirs constituent, pour l'antiquaire, de véritables mensonges : ils entravent les potentialités les plus primordiales de l'être. Ils approfondissent son attachement à des choses qui s'avèrent fictives, irréalisables ; ils substituent à la vérité une apparence séduisante, mais trompeuse. Les plaisirs, sensations subites et éphémères, loin de tonifier l'Homme, l'incarcèrent dans une agitation incessante et exténuante. [...]
[...] Loin d'être déficiente, cette figure incarne une conscience lucide, sarcastique, marquée par la dénégation des illusions, le cynisme des plaisirs et des jouissances, ainsi qu'une incrédulité radicale, rejetant toute forme d'espoir et rompant tout lien de confiance avec le monde extérieur. Elle devient alors le symbole d'un démon intellectuel, offrant à l'homme l'illusion de la prééminence. À travers le modèle de l'antiquaire, Balzac abjure la société de son temps en s'appuyant sur un vocabulaire religieux, notamment sur les images de l'enfer et du paradis ; l'homme y apparaît tiraillé entre la bonté et la méchanceté, entre un esprit moqueur et un esprit bienveillant. [...]
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