Démocratie locale et participation citoyenne, Loïc Blondiaux, Démocratie participative, participation citoyenne, démocratie représentative, délibération participative, mouvements sociaux, Printemps arabe, démocratie directe, oligarchie, influence sociologique
Dans cet article, écrit au moment où le concept de « démocratie participative » émergeait fortement dans le discours politique, autour des municipales de 2001, Loïc Blondiaux attire l'attention sur les ambiguïtés du concept, sans doute désuet en 2019 (Ségolène Royal en fit un « mantra » sans succès lors de la présidentielle de 2007), et sur les difficultés conceptuelles et d'application qu'il soulève, au-delà d'un slogan consensuel.
[...] Démocratie locale et participation citoyenne : la promesse et le piège - Loïc Blondiaux (2001) - Dans quelle mesure la démocratie participative est-elle un concept ambigu ? Lien de l'article : https://www.cairn.inforevue-mouvements-2001-5-page-44.htm Dans cet article, écrit au moment où le concept de « démocratie participative » émergeait fortement dans le discours politique, autour des municipales de 2001, avant les grandes séries de mouvement social réclamant en première ligne de revendication une nouvelle étape pour la démocratie (des indignés espagnols, qui ensuite parvinrent à diriger plusieurs grandes métropoles, en passant par Nuit Debout ou encore le mouvement des Gilets Jaunes en France et sa revendication de référendum d'initiative citoyenne, le Liban, l'Algérie, ou encore Haïti aujourd'hui), Loïc Blondiaux attire l'attention sur les ambiguïtés du concept, sans doute désuet en 2019 (Ségolène Royal en fit un « mantra » sans succès lors de la présidentielle de 2007), et sur les difficultés conceptuelles et d'application qu'il soulève, au-delà d'un slogan consensuel. [...]
[...] Sur la base de profondes mutations sociologiques mises en évidence par exemple chez Antonio Negri à travers le concept de « multitudes »4, on peut se demander si ce n'est pas aujourd'hui la séparation entre « le politique » et « le civil » qui est remise en cause par la possibilité de fonctionnement beaucoup plus horizontaux, se traduisant par exemple par la revendication de la gestion collective de « communs » par-delà les clivages entre l'économique, l'institution et la société5. Dans ces circonstances, le texte de Loïc Blondiaux, mérite d'être relu, car il rappelle deux exigences au c?ur de la démocratie : la notion de « légitimité » de celui qui parle (comment est-il désigné, pour quelle action, au nom de quoi), et l'importance des détails dans les constructions institutionnelles, qui peuvent changer leur sens, transformant un projet d'ouverture en dispositif de relégation si l'on n'y prête attention. [...]
[...] Le « participatif » ne constitue pas une rupture de paradigme, mais vient nourrir (ou tente d'y pourvoir) le représentatif classique, en l'animant, dynamisant l'information et l'espace public local. Parfois il n'a pas même cette vertu, et apparaît façade, par la présélection, ou une participation qui n'a de portée que de proximité géographique de l'institutionnel. Mais l'auteur ne nie pas la réalité partielle d'une dynamique qui parfois contraint le représentatif à assumer son rôle, en rendant compte, en clarifiant, en attestant, devant le questionnement surgi de ces instances participatives. [...]
[...] Les réseaux sociaux ne sont pas encore à l'?uvre. Le « Printemps arabe » montrera l'importance de cette infrastructure sur les débats de superstructure politique pour reprendre le schéma marxiste, mais Loïc Blondiaux en a déjà l'intuition : « Il y a bien un paradoxe, à l'heure des nouvelles technologies d'information et de communication - dont le contenu participatif reste incroyablement pauvre à revenir à cette dimension archaïque de la démocratie de face-à-face ». La voie participative semble, presque vingt ans après, comme tentative endogène de régénération du représentatif, avoir montré ses limites. [...]
[...] Pour autant il attire l'attention sur les effets pervers d'un participatif qui négligerait ses enjeux procéduraux, et pourrait accentuer des logiques d'exclusion politique en magnifiant la parole de ceux qui disposent d'un capital culturel ou des militants, invisibilisant des populations et des enjeux politiques. L'échelle de proximité peut aussi contribuer à une fragmentation des représentations de l'intérêt général (favoriser le « Not In MY Garden »1). Il est intéressant de voir Loic Blondiaux utiliser, dès 2001, à plusieurs reprises, le mot « délibération », qui semble aujourd'hui plus utilisé que le « participatif » dans l'imaginaire d'une démocratie renouvelée, notamment par les tenants d'un recours au tirage au sort comme substitut ou plutôt solution de rééquilibrage2 d'une démocratie représentative dont la crise s'est approfondie depuis 2001 (Blondiaux écrit avant le 21 avril 2002, avant le référendum de 2005 sur le TCE). [...]
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