Dans cette analyse, nous sommes en présence de quatre documents, deux textes, ainsi que deux images. Le premier document est l'extrait de l'article « Quand l'Arabie saoudite gomme son passé wahhabite » du média en ligne Orient XXI et rédigé par Louis Blins en février 2022. Cet article aborde le changement de date de la fondation de l'État saoudien effectué par le roi Salman début 2022. Le deuxième document est une photographie prise en 2007, montrant alors l'ex-président sénégalais Abdoulaye Wade s'agenouiller devant son marabout Sérigne Saliou Mbacké, ce qui suggère les liens entre les marabouts et les politiques au Sénégal. Le troisième document iconographique est le drapeau du Parti républicain du peuple ou CHP turc (créé en 1923 par Mustafa Kemal, l'Atatürk). Sur ce drapeau sont représentées six flèches du drapeau en référence aux six principes de l'idéologie kémalistes. Et enfin, le quatrième document est un extrait d'un communiqué du ministère de l'Intérieur français sur le FORIF soit le « Forum de l'islam de France : une étape nouvelle dans le dialogue entre les pouvoirs publics et le culte musulman », permettant ainsi d'appréhender les relations entre l'islam et l'État français.
[...] L'islam fut dans certains contextes un allié précieux aux régimes en place - comme au Sénégal à des fins électoralistes ou en Arabie saoudite quant à la légitimité de sa fondation - ou au contraire un adversaire pour le politique, par exemple lors de la création de l'État turc. De même, nous avons pu observer les relations qu'entretient l'islam avec plusieurs pays laïcs - ici la France, la Turquie et le Sénégal - et que là aussi ces relations ne sont pas du même type selon le lieu et le contexte. Soit, elles sont dichotomiques (la Turquie avec l'effacement de l'islamisation ottomane), soit cordiales (avec le dialogue entre l'État français et les institutions religieuses islamiques), ou encore imbriqués (où le personnel l'emporte sur l'institutionnelle au Sénégal). [...]
[...] D'abord avec le cas français et la volonté de dialogue entre l'État et les institutions religieuses puis le cas de la laïcité neutre sénégalaise. Ce n'est pas parce que « L'État, depuis la loi de 1905, ne reconnaît aucun culte mais il n'en ignore aucun » (l.1). En effet, le document 4 nous apprend le ministère de l'Intérieur a mis en place des instances de dialogue avec les différentes religions présentes sur son territoire, dont l'islam. Avec par exemple « des instances de dialogue nationales ont été organisées en 2016 et 2017, et des Assises territoriales de l'islam de France (ATIF) se sont tenues en et 2021, autour des préfets » (l.10-11) ou la création du FORIF (=Forum de l'islam de France). [...]
[...] Cette décision montre que l'État saoudien cherche à minimiser son passé wahhabite et à se présenter comme un État moderne et indépendant. Mais également à renforcer le pouvoir et le prestige de la dynastie saoudienne qui serait donc à elle seule, les fondateurs de l'Arabie saoudite. Pour ce qui est de la Turquie, celle-ci naît en 1923 lors du traité de Lausanne (signé avec les Alliés) où la Turquie récupère ses territoires et devient musulmane avec une population composée à plus de 97% de cette confession. [...]
[...] Puis, nous verrons également, la création de l'État turc et la politique séculariste effectuée par Mustafa Kemal durant les années 1920 et 1930. Assurément, « le roi Salman a signé le 27 janvier 2022 un décret faisant remonter la formation du premier État saoudien au 22 février 1727 » (l. 5-6). Cette dernière date renvoie simplement à l'arrivée au pouvoir de Mohamed Ibn Saoud en tant qu'émir de l'oasis de Dir'iyya. Cette nouvelle date de naissance réduite à un rôle secondaire « le cheikh Ibn Abdelwahhab qui était considéré jusqu'alors comme le cofondateur » (l .11-12) ainsi que le wahhabisme comme fondement de l'État saoudien. [...]
[...] Lorsque l'on peut voir que la référence au droit musulman est exclue sauf dans le Code de la famille, (lui, fondé sur système d'options permettant aux musulmans qui le souhaitent d'être en conformité avec leur religion), que les magistrats formés en droit positif, sont tout de même imprégnés personnellement de leur religion, mais aussi que le règlement informel de conflits souvent dur des bases de coutumes islamiques , etc. Au final, la laïcité sénégalaise n'est pas la même que celle de la France, celle-ci est basée sur la « neutralité », c'est-à-dire que « le cadre juridique qui cherche à permettre la coexistence de toutes les identités, la plus pacifique et la plus harmonieuse possible » (Constitution sénégalaise de 1959). Cette laïcité peut permettre justement à un représentant politique (comme Abdoulaye Wade) de montrer et de pouvoir exprimer sa religion sans que son autorité puisse être enlevée. [...]
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