Rien que sémantiquement, la révolution est associée à un changement radical, à quelque chose de nécessaire pour faire évoluer les choses de manière significative. Et en effet, lorsque le totalitarisme est instauré, lorsque les institutions démocratiques ne sont pas ou plus là pour permettre que le pouvoir change si sa politique ne convient plus à son peuple, et lorsqu’une intervention étrangère qui permettrait d’instaurer la démocratie ne se profile pas, cette dernière ne peut l’être que par une révolution ou un coup d’État interne. Cependant, comme nous l’avons vu au cours de l’Histoire, un changement de régime contraint ne débouche pas forcément sur une amélioration.
De ce fait, nous pouvons nous demander : devons-nous voir les révolutions comme une voie vers un changement positif et la démocratisation, ou bien, au contraire, comme un danger ne pouvant qu’empirer les choses ?
Pour répondre à notre interrogation, c’est sur nos connaissances historiques que nous nous appuierons. Nous allons donc, dans un premier temps, évoquer les cas historiques lorsque les révolutions avaient permis de faire valoir la volonté populaire puis, dans un second temps, les juxtaposer aux cas où les révolutions avaient, au contraire, abouti à l’instauration de régimes d’autant plus dictatoriaux ou dangereux.
I. Révolutions ayant permis d’appliquer la volonté des peuples
I.1 Destitutions des régimes totalitaires
Tout d’abord, comme nous le savons, lorsqu’il n’existe aucune institution démocratique pour choisir ses gouverneurs, et lorsqu’aucune puissance militaire étrangère n’intervient pour renverser le régime en place, celui-ci ne peut l’être que par son propre peuple.
Nombreux ont été les exemples au cours de l’Histoire où ceci était arrivé, et ce, depuis l’Antiquité. Mais le plus parlant, pour les Français, reste évidemment celui de la Révolution française de 1789. Ici, tous les éléments étaient réunis : la noblesse et le clergé qui détenaient tout le pouvoir décisionnel au détriment des autres, les prisonniers politiques étaient détenus à la Bastille et aucune institution ni élection démocratique n’était en place. Et dans un contexte historique où une intervention militaire extérieure pour renverser la monarchie absolue n’était envisageable, celle-ci ne pouvait l’être que de l’intérieur, et c’est ce qu’il s’était donc passé.
Ce sont donc des éléments qui, en premier lieu, caractérisent une dictature totale et assumée. Cependant, et comme nous allons le voir dès à présent, le fait que ces éléments soient réunis n’est pas nécessaire pour qu’une révolution aboutisse à l’application de la volonté citoyenne.
I.2 Révolutions contre des régimes servant les intérêts étrangers : cas des pays de l’ex-URSS
Dans les pays de l’ex-URSS, plusieurs révolutions, pacifiques ou non, s’étant soldées par un succès ou non, avaient été menées dans des pays où les élections se tenaient pourtant ; ou en tout cas, sur le papier. Pourquoi ? Parce que dans plusieurs pays, le fait que leurs gouverneurs servent non pas leurs intérêts mais ceux d’un autre État, à savoir la Russie, avaient suscité le mécontentement populaire, qui avait fini par se manifester.
On peut alors évoquer les révolutions pacifiques : celles des Roses en Géorgie en 2003 et celle orange en Ukraine en 2004, contre des élections truquées par les gouverneurs pro-russes, révolutions qui ont permis d’en annuler les résultats. La révolution nationaliste contre un pouvoir pro-russe au Kazakhstan en 2022, plus violente cette fois-ci, avait également eu lieu, mais sans avoir abouti à un succès.
Certains caractérisent également comme un coup d’État la contestation populaire en Ukraine qui a eu lieu 10 ans après la révolution orange, celle de l’Euromaïdan qui s’était tenue entre 2013 et 2014, même si de fait, le changement de régime ici s’apparentait plutôt à un abandon de poste par un président là aussi pro-russe suite à des violences commises contre des manifestants qui lui reprochaient de servir les intérêts de la Russie ; abandon dans un but évident d’éviter les poursuites pénales. Cependant, une chose est sûre : c’est bien la contestation populaire qui aura abouti à un changement de régime.
Ainsi, les révolutions auront maintes fois permis de faire valoir la volonté populaire. En revanche, au cours de l’Histoire, beaucoup de révolutions se sont également faites « dans l’autre sens », à savoir, par des dictateurs et des futurs gouverneurs répressifs.
II. Révolutions ayant instauré des régimes totalitaires ou dangereux
II.1 Instaurations des régimes totalitaires par des révolutions militaires
Si le renversement des dictatures par les démocrates est possible, comme nous l’avons vu jusqu’à présent, l’inverse l’est également. En effet, au cours de l’Histoire, beaucoup de dictateurs sont arrivés au pouvoir non pas par les urnes, mais par une révolution. Une révolution militaire, et pas populaire.
Pour prendre des exemples du siècle passé, nous pouvons, tout d’abord, citer le cas du dictateur espagnol Franco dans les années 1930, auteur d’un coup d’État militaire dans une Espagne jusqu’alors démocratique. Malgré un bilan politique objectivement positif, celui-ci a laissé derrière lui une période de totalitarisme absolu en Espagne.
Plus tard, à la fin des années 1970, nait le régime des Mollahs, qui risque aujourd’hui d’être renversé par une intervention militaire occidentale d’une part, et par la contestation populaire de plus en plus massive d’autre part, mais encore en place actuellement, depuis donc presque un demi-siècle.
Plus ou moins au même moment, Saddam Hussein effectue un coup d’État en Irak et contraint le gouvernement en place à lui céder le pouvoir. Après ceci, aucune élection démocratique ne sera tenue sous sa gouvernance, et il restera au pouvoir avant d’être exécuté par les Irakiens à la fin des années 2000, ce que leur aura permis de faire l’opération militaire américaine en Irak lancée dès 2003.
Mais, il faut également savoir que les dictateurs n’organisent pas des révolutions que dans des démocraties, mais également, contre d’autres dictateurs.
II.2 Remplacement des régimes totalitaires pas d’autres régimes totalitaires ou dangereux
L’Histoire nous l’a appris plus d’une fois : la chute d’un régime totalitaire ne signifie pas forcément l’instauration d’un régime démocratique. Et rien qu’au XXème et au XXème siècles, nous en avons eu la confirmation plus d’une fois.
Nous pouvons, par exemple, évoquer la chute du régime tsariste en Russie en 1917, certes lui aussi totalitaire. Régime totalitaire qui a été remplacé par un autre, celui des bolchéviques. Ce qui n’a, par conséquent, pas permis d’instaurer ni des élections démocratiques, ni l’application de la volonté du peuple. Mais au contraire, de faire perdurer la pensée unique, les procès politiques et le non-changement du pouvoir pendant presque un siècle de plus.
Un autre exemple parlant : celui du renversement du dictateur tunisien Ben Ali en 2011, alors au pouvoir depuis plusieurs décennies et qui, à la suite du Printemps arabe et aux élections imposées, a été destitué, ce qui a débouché à l’arrivée au pouvoir du groupe radical Ennahdha. Bien que celui-ci n’ait pas annulé les élections et ne se soit pas maintenu au pouvoir après ses défaites électorales, des dérives totalitaires, comme les assassinats des opposants politiques, ont eu lieu, actes pour lesquels leurs auteurs n’ont été jugés que récemment.
Plus récemment, en 2024, après la chute de Bachar el-Assad, alors au pouvoir depuis bon nombre d’années où les élections truquées l’y maintenaient, et l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Charaa, beaucoup y avaient tout d’abord vu une voie vers la démocratie pour la Syrie. Cependant, la révélation des liens antérieurs avec Al-Qaïda du nouveau gouverneur et la persécution des chrétiens qu’il a mise en place avaient rapidement semé le doute quant à la démocratisation de la Syrie sous son régime.
Sans même évoquer tous les coups d’État anciens et récents en Afrique, où les régimes se maintenant par la force au pouvoir sont remplacés par d’autres… faisant exactement la même chose.
Conclusion
Comme nous avons donc pu le voir, au cours de l’Histoire, certaines révolutions ont permis d’appliquer la volonté populaire alors que d’autres, au contraire, ont été faites pour réprimer cette dernière. Ceci nous amène à la conclusion que les révolutions peuvent et doivent être appréhendées en fonction de leurs auteurs. Le passé et les manières de faire, notamment, peuvent donner des indices importants sur les intentions des révolutionnaires ; et nous permettre de déduire l’avenir auquel nous attendre après la révolution sous le nouveau régime.
Sources bibliographiques
AFP. (2024, 27 mars). Tunisie : condamnation à mort de quatre accusés pour l'assassinat de l'opposant Belaïd en 2013. Le Figaro. Consulté le 11/02/2026 sur : lefigaro.fr
ANOUK, Louis. (2025, 4 décembre). Syrie : un an après la chute du régime Assad, les chrétiens gagnés par la peur. La vie. Consulté le 11/02/2026 sur : lavie.fr
SAMAAN, Jean-Loup. (2025, 20 novembre). Portrait d’un ancien jihadiste en homme d’État : Ahmed al-Charaa et la nouvelle Syrie. Institut Montaigne. Consulté le 11/02/2026 sur : institutmontaigne.org








