Préface de Narcisse, Rousseau, anthropologie moderne, corruption, contrat social, éducation morale, liberté, philosophie des affects, état de nature, état civil, égalité
Rousseau affirme contre ses détracteurs : « j'aime mieux être homme à paradoxe qu'homme à préjugés » (Rousseau L'Emile). En lisant cet extrait de La Préface de Narcisse, nous comprenons en quoi cette ambiguïté suppose une démarche critique rationnelle, en même temps qu'une démarche personnelle et subjective, fondée sur les affects de l'auteur. Jamais l'opposition classique entre « Jean-Jacques », le Rousseau intime, pré-romantique qui écrira Les Rêveries du promeneur solitaire et le Rousseau philosophe politique aux accents réactionnaires et révolutionnaires ne s'est rendue aussi visible. La Préface de Narcisse marque sans doute un tournant, celui d'une opposition radicale aux pré-supposés progressistes des Lumières déjà exposée dans l'essai qui commença l'aventure intellectuelle de Rousseau, Le Premier discours sur les sciences et les arts. Mais ici la critique radicale des sciences et des arts comme cause de la décadence de la civilisation fait place à un tout autre discours. Les arts et les sciences, les théâtres et les académies qui abritent leurs créations sont moins la cause que les symptômes de cette corruption idoine à tout développement de la culture.
[...] Pourquoi, malgré leur futilité, les sciences et les arts méritent-ils d'être sauvés ? Pourquoi l'analyse du besoin qu'en ont les hommes permet-elle de comprendre les contradictions de tout processus civilisationnel et son danger intrinsèque de corruption morale, tant au niveau des institutions politiques, qu'au niveau des individus ? I Pourquoi les Lettres sont-elles un symptôme de la corruption morale et politique de la civilisation ? Nous étudierons dans ce chapitre le premier moment de ce texte, qui correspond au premier paragraphe de l'extrait. [...]
[...] II De l'irréversibilité de la corruption des peuples Pour Rousseau la question que pose le développement des sciences est à prendre en compte dans le cadre de son historicité, comme nous le verrons dans le commentaire des deux paragraphes suivants. Il s'agit bien ici d'une sortie de l'état de nature qui suppose une irréversibilité, celle du processus civilisationnel considéré comme dégénérescence et dévolution. Comprendre ce qu'est la dévolution, c'est comprendre en quoi le processus historique n'est pas une involution ou encore un abaissement des puissances humaines, mais au contraire un développement de ces puissances dans le cadre d'une irrémédiable corruption de la conscience morale par le système social. [...]
[...] III La méthode critique de Rousseau, au risque des contradictions de son auteur. Afin de comprendre le dernier paragraphe de cet extrait, il nous faut revenir aux controverses qui ont rendu nécessaire la rédaction de La Préface de Narcisse. Narcisse ou l'amant de lui- même est une pièce écrite par Rousseau dans sa jeunesse. Ici apparaît bien sûr la première contradiction de celui qui prétend que les arts du spectacle sont un divertissement frivole, symptôme de la corruption des m?urs. [...]
[...] La question qui doit être posée est celle de savoir ce que Rousseau entend ici par Etat juste. Comment conçoit-il l'Etat politique dans son rapport avec la moralité civile ? Pour Rousseau, l'Etat politique est ce qui s'oppose à l'Etat de nature, dans le sens où l'établissement d'une nation et de ses lois doit se concevoir comme un contrat social fondé sur l'accord entre les citoyens6. Or cet accord suppose l'égalité de tous les citoyens devant la loi, mais aussi l'égalité de condition, c'est-à-dire une égalité de fait. [...]
[...] Préface de Narcisse - Jean-Jacques Rousseau (1752) - Rousseau et les « contradictions du système social » Introduction Rousseau affirme contre ses détracteurs : « j'aime mieux être homme à paradoxe qu'homme à préjugés. » (Rousseau L'Emile)1. En lisant cet extrait de La Préface de Narcisse, nous comprenons en quoi cette ambiguïté suppose une démarche critique rationnelle, en même temps qu'une démarche personnelle et subjective, fondée sur les affects de l'auteur. Jamais l'opposition classique entre « Jean-Jacques », le Rousseau intime, pré-romantique qui écrira Les Rêveries du promeneur solitaire et le Rousseau philosophe politique aux accents réactionnaires et révolutionnaires ne s'est rendue aussi visible. [...]
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