Le Menteur, Corneille, fiction, théâtre, comédie, mensonge, imagination, création littéraire, dramaturgie, parole, illusion, classe sociale
Dans Le Menteur de Corneille, Dorante ne ment ni pour nuire ni pour gagner, mais pour inventer. Un critique a ainsi pu voir en lui non un vice incarné, mais une forme de poète, artisan de fictions aussi brillantes qu'éphémères.
Dès lors, le mensonge cesse d'être une faute pour devenir une activité créatrice, proche de l'imagination littéraire. Cependant, cette assimilation du menteur au poète ne va pas sans ambiguïtés ni limites.
[...] Le plaisir du récit l'emporte sur la prudence. En cela, il se rapproche du créateur artistique, qui invente par goût de la beauté et de l'admiration. Le spectateur lui-même est pris au piège de cette séduction verbale. Comme le public d'un poème ou d'une pièce de théâtre, il sait que ce qu'il entend est faux, mais accepte volontiers l'illusion. Corneille fait ainsi de Dorante un double ironique du dramaturge : tous deux inventent des fictions pour produire du plaisir et du sens. [...]
[...] Le jeu poétique se transforme en désordre dramatique. Le personnage de Cliton, valet lucide et souvent ironique, incarne cette mise en garde. Il rappelle sans cesse que l'imagination débridée de Dorante n'est pas sans danger. À travers lui, Corneille souligne que la fiction, lorsqu'elle se substitue au réel sans le consentement des autres, cesse d'être un art pour devenir une faute. En faisant de Dorante un menteur-poète, Corneille propose une réflexion plus large sur le pouvoir de la parole et de la fiction. [...]
[...] Le Menteur - Pierre Corneille (1644) - Dans quelle mesure la comédie de Corneille, Le Menteur, transforme-t-elle le menteur en créateur de fictions ? Sujet : « Un critique affirme que Dorante est moins un vice qu'un poète. Dans quelle mesure la comédie de Corneille, Le Menteur, transforme-t-elle le menteur en créateur de fictions ? » Le menteur, au théâtre comme dans la vie, est d'ordinaire un personnage moralement suspect : il trompe, manipule, brouille les repères. Pourtant, dans Le Menteur de Corneille, Dorante ne ment ni pour nuire ni pour gagner, mais pour inventer. [...]
[...] Le poète est celui qui crée dans un cadre reconnu, tandis que le menteur transgresse ce cadre. Le dénouement, marqué par l'aveu et le retour à la vérité, rappelle les limites nécessaires de l'invention. Dorante doit renoncer à ses fictions pour retrouver une place dans la société. Corneille ne condamne pas l'imagination, mais la canalise : la fiction est précieuse, à condition d'être assumée comme telle. Dorante peut bien être qualifié de poète, tant ses mensonges relèvent de l'invention brillante et du plaisir de la parole. [...]
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