Le Voyage d'hiver et ses suites, Georges Perec, Le Voyage d'Hitler, Hervé Le Tellier, national-socialisme, nombres premiers, géométrie, histoire des mathématiques, XXe siècle, mathématiques aryennes, fiction, écriture créative, Euclide
Le présent texte part du texte du Voyage d'Hitler d'Hervé Le Tellier. Suivant les inspirations du Voyage d'Hitler, le thème de la judéité est exploité dans son rapport, ici, avec les mathématiques et l'établissement d'une « mathématique aryenne ». Pour le spécifier simplement, la judéité d'Hugo Vernier est questionnée dans un rapport avec les mathématiques et, plus largement, la thématique des sciences. L'écrivain convoqué est Charles Maurras.
[...] N'est-ce pas là tout ce qu'il manquait à la théorie de la complétude littéraire de Degraële, selon lequel l'art formé dans Le Voyage d'hiver avait à tous, par-delà l'art de composer les mots, éminemment servi ? 4 Un jour, alors que Garraudier supputait plus qu'à l'accoutumée sur les moyens qu'Hilbert avait dû déchaîner pour arriver jusqu'à l'ouvrage de Vernier, il eut une nouvelle épiphanie. « Yerres : c'est là que vous me trouverez, M. Hilbert ». Dans une correspondance étrange, fort peu relevée par les spécialistes de la biographie du mathématicien, Garraudier s'était appesantit sur le fait que ce dernier avait entretenu des relations épistolaires avec le fondateur de l'Action française, Charles Maurras, amoureux des abeilles des Rois - l'un des écrivains français les plus en vue de la fin du XIXe siècle ainsi que du début du XXe siècle. [...]
[...] Inversement, pour les svastikas des triangles rectangles du bas de la page. Quant au second élément, il était plus directement lié à l'analyse technique conduite par Degraël sur le texte. Il était en tout cas possible d'isoler, du premier élément, quelques exemples frappants que Garraudier s'empressa de reproduire sur son carnet de notes à l'encre noire. 3 « Yahvé, c'est par / Toi que se / jouent les forces / prises tout autour - De nos dépens / S'agitent sans le / Moindre fracas comme / L'on pend bien - Les enfants chéris / Des ruines du / Temple de Salomon » (page 11, triangle-svastika du bas) ; « Prient que l'esprit / De Göttingen subissent / Le fléau des / Pertes des lectures - Des cerveaux bien / Formés aux génies / Et aux lumières / Des sciences formelles - Qui guidèrent les / Disciples de Moïse / Jusqu'au sol des / Grandes promesses éternelles » (page 17, triangle-svastika du haut) ; « Pour ne pas / Subir les tourbes / De l'insolence nous / Avons soumis à - Nos prêtres les / Inspirations de chacun / Jusqu'aux portes / De la Ville - Et tempétueux nous / Ne nous soumettons / À nulle parole / Autre que sienne » (page 19, triangle-svastika du bas). [...]
[...] Bien sûr, je me suis contenu face à cette découverte et j'ai creusé l'affaire. J'ai découvert que sur chaque page correspondant aux nombres premiers, on retrouvait, quelque part, un V avec la même rature sur le haut. De telle sorte que j'en vins bien vite à l'évidence elle-même : Hilbert avait voulu préserver la pureté du H (Hugo et Hilbert), tout en altérant le V pour signifier un élément géométrique par excellence. On lisait alors, non plus Hugo Vernier, mais Hilbert ou encore Hilbert Géométrie ». [...]
[...] Mais il était né en 1862, autrement dit, dans le grand siècle d'Hugo Vernier que Degraël avait sorti de la bien maligne turpitude dans lequel il était plongé depuis trop longtemps déjà. Mais Degraël, qui manquait de formation en sciences et en mathématiques, avait omis de ses biais les interrogations profondes liées à l'épistémologie qui traversaient l'ouvrage et qu'avait finalement mis à jour Garraudier. Bizarrement, le style des bavures évoquait quelque chose comme le réalisme magique transposé dans la perfection de la géométrie, un petit Euclide conjugué aux élans de Frida Kahlo. [...]
[...] C'était, pour Jean Garraudier, une évidence en même temps qu'une abjection. Aucune abdication là-dessus, aucun reniement non plus. « Il y a du Hilbert chez Vernier » souffla-t-il, une pression dans l'abdomen, comme abattu. 2 Intelligent, Jean Garraudier l'était très certainement. C'était un grand mathématicien. Il avait travaillé, en géométrie, sur l'axiomatique formelle d'Hilbert et avait contribué à la connaissance, en histoire, de la biographie de ce dernier dans les années 1930 et 1940. Hilbert était mort en 1943 : il n'avait donc pas connu la fin de la guerre. [...]
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