L'excès-l'usine, Leslie Kaplan, espace-usine, expérience de la folie, monde du travail, conscience prolétarienne, ouverture, Les établis, socio-histoire
Le mouvement des établis avait pour objectif d'investir les lieux de production à la fois pour partager les conditions de vie des travailleurs, mais surtout pour contribuer à leur émancipation. Les événements de Mai 68 ont mis en lumière ces pratiques militantes de la gauche maoïste. L'écrivaine Leslie Kaplan a fait elle-même partie des établis, elle a rendu compte de son expérience à l'usine entre le début de l'année 1968 et 1971. Contrairement à d'autres récits portant sur ce mouvement tels que L'Établi de Robert Linhart, elle choisit une esthétique gommant le caractère socio-historique du travail à l'usine.
L'article se propose d'analyser cette esthétique spécifique faisant percevoir le caractère total de cet univers concentrationnaire. Ce poème est un capteur de folie au sein d'un monde irrationnel. Dans ce contexte, l'espace-usine est ainsi perçu dans sa dimension à la fois enveloppante et séparatrice, il pousse la conscience narrative dans ses derniers retranchements. L'article revient sur le style de ce poème qui perçoit la profonde violence sociale exercée à l'époque industrielle.
[...] L'usine est présente dans le livre dans une forme de densité paradoxale. « Carcasse légère, désarticulée et pleine, / étant là, dans la cour, elle est là, l'usine » (Kaplan, 1987 : 49). L'inversion du sujet (l'usine) es utilisée pour mettre en relief cette présence inévitable. Le participe présent « étant » rappelle qu'elle existait déjà et qu'elle est encore située. Elle apparaît à la fois comme masse abstraite et comme séries aliénantes d'où l'usage de l'oxymore « désarticulée et pleine ». Les oxymores sont d'ailleurs omniprésents dans le poème pour saisir cette monstruosité totale. [...]
[...] Odes, Élégies, Hymnes. Traduction collective de l'allemand. Paris : éditions Gallimard. -Kaplan, L. (1987) [1982]. L'excès-l'usine. Paris : P.O.L -Kaplan, L. (2013). Déplace le ciel. Paris : P.O.L -Kaplan, L. (2015). « Usine ». Les Temps Modernes, vol. 684-685, n. 3 : 278-280. [...]
[...] Il faut donc concevoir un monde qui tient, en un sens, "à rien" puisqu'il ne tient pas qu'à moi Ce monde, en un sens, est déjà donné : il y a toujours déjà de la révolution à faire » (Lévy, 2007 : 48-49). Écrire l'usine pour Leslie Kaplan, c'est apprendre à aménager des possibles à partir de l'expérience prolétarienne. Son poème est sans doute la forme esthétique la plus originale de restitution de cette immense observation participante qu'a constitué l'établissement. Bibliographie -Bachelard, G. (1948). La terre et les rêveries de la volonté. Paris : Corti. -Bakhtine, M. (1978). Esthétique et théorie du roman. Paris : Gallimard. -Barthes, R. (1968). « L'effet de réel », Communications, 11 : 84-89. -Baudin, F. [...]
[...] La fille immigrée tente de se fonde dans l'espace de l'usine et dans le pays. Elle veut ressembler aux autres ouvrières anonymes. La violence sociale la plus forte reste l'occupation du temps libre qui renvoie de manière tragique la soumission à la société de consommation. « Souvent, on va au Monoprix. / On entre. Couleurs. Les objets sont étendus dans leurs boîtes, détachés. / On passe entre les rayons. On touche un peu. / On se voit dans les glaces, les miroirs. On essaye un vêtement ou un autre. [...]
[...] L'usine déchiquette la vie, elle parle constamment dans cette dimension d'ouverture. « Pièces, morceaux et vie, l'usine. / Et brique et tuile. Et entre et sort. / Et droite et gauche et brique et tuile et mou et gras et tourne / et tourne et vie et vie et bois et clou de fer et fer et entre et sort / et tourne et bruit » (Kaplan, 1987 : 49). C'est cette dimension de l'inconscient de l'usine qui parle en permanence les éléments et qui broie les êtres. [...]
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