Alcools, Les Colchiques, Automne malade, Clotilde, Apollinaire, mythologie, modernité poétique, tradition poétique, poésie, fuite du temps, automne, tempus fugit
La poésie d'Apollinaire est caractérisée, entre autres, par la réécriture des mythes et l'invention d'une nouvelle mythologie : ainsi, il invente un langage empreint de différents folklores, de la mythologie grecque aux légendes rhénanes. La réinvention moderne passe aussi par la transposition de grands motifs culturels dans une écriture de la modernité, à l'image de l'automne. Les saisons sont, en poésie, des sources d'inspiration traditionnelles, parce qu'elles sont propices à la contemplation ou prétextes à l'introspection. Les poètes exploitent souvent le motif de l'automne comme incarnation de la mélancolie, parce que la lumière se teinte de gris et qu'elle endort les sens, mais aussi parce que la nature semble dépérir. En ce sens, l'automne est souvent suppléé d'un autre motif, également propice à la désolation ; le tempus fugit, le temps fuit ou le temps passe vite : c'est la réflexion sur la fuite du temps, et donc, la mort inexorable.
Nous proposons d'étudier le traitement des motifs croisés que sont l'automne et le tempus fugit dans la poésie d'Apollinaire, à travers trois poèmes : « Les Colchiques », « Automne malade » et « Clotilde ».
[...] On retrouve le procédé du zeugma dans le vers 4 : « Le colchique couleur de cerne et de lilas ». L'association entre la cerne et le lila est d'ailleurs presque antithétique du point de vue des champs symboliques des deux mots, entre fatigue, lassitude d'un côté, et vitalité, esthétique, de l'autre. Dans le poème « Automne malade », dans lequel le poète traite de la période de transition entre automne et hiver, la présence des fleurs est moins évidente, en tout cas moins signifiante : elle apparaît au second vers « Tu mourras quand l'ouragan soufflera dans les roseraies ». [...]
[...] Dans une première partie, on justifiera la cohérence de notre corpus, à travers le motif des fleurs, notamment ; nous verrons ainsi dans quelle mesure Apollinaire s'inscrit dans une tradition poétique. Ensuite, il s'agira d'étudier les éléments relatifs à la modernité poétique et en ce sens, la réinvention de la fuite du temps. D'abord, il apparaît que les trois poèmes s'articulent autour des éléments naturels, et de la végétation, tantôt croissante, tantôt décroissante ; parfois dans une imagerie frisant le bucolique, parfois dans un goût presque gothique. [...]
[...] D'autre part, la mise en page met également en exergue le mouvement dont il est question dans ces vers, et notamment le roulement du train : terme polysémique qui évoque à la fois le déplacement technique du train mais aussi un mouvement cyclique qu'est celui d'une pierre qui roule. De cette façon, le rythme est aussi métaphore du temps qui passe, d'autant plus que le derniers groupe de mot « La vie/S'écoule » est sans équivoque à ce sujet. La forme de cette strophe est moderne, mais le discours sous-jacent l'est tout autant, parce qu'ici, le tempus fugit n'est pas accablant, on est loin du Memento Mori5. Le ton est léger, le poète constate, et semble s'en amuser, il est presque badin. [...]
[...] Le registre habituel est bousculé et Apollinaire invente son langage propre. Ainsi, dans ces trois poèmes de Alcool, Apollinaire renouvelle les thèmes de l'automne et de la fuite du temps, en renversant la sémantique qui y est habituellement associée. Le poète cherche toujours à surprendre son lecteur, et c'est peut-être en cela qu'il est absolument moderne : et quelle meilleure manière de surprendre qu'en détournant la tradition ? [...]
[...] En vérité, il semble qu'Apollinaire détourne les motifs croisés de l'automne et de la fuite du temps au profit d'une poésie résolument moderne. En effet, les composantes essentielles de son langage sont lisibles dans ces trois poèmes : par exemple, comme dans le reste de Alcool, il n'y a pas de ponctuation. Cette absence de connecteurs met en exergue une poésie chamarrée dans laquelle différents types de registres ou de styles se croisent dans une écriture composite. Dans « Colchique », voyons les deux derniers vers de la seconde strophe : « Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères/ Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières ». [...]
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