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Hannah Arendt est une politologue de la philosophie politique du XXe siècle. Réfugiée aux États-Unis et d'origine juive allemande, elle a vécu les exils, les persécutions, et les pertes d'identité dû à la montée du totalitarisme qu'elle décrit à travers « Les Origines du totalitarisme » en 1951. Elle étudie justement pièce par pièce les différentes manières qui transforment des humains en « non-personnes ». Ces minorités persécutées sont renvoyées aux apatrides. Les apatrides sont des orphelins d'un État sans aucun droit civil, sans passeport, et sans protection. Et ces apatrides étaient considérés comme un groupe marginal au même titre que les Juifs d'Europe pendant l'entre-deux-guerres à l'époque d'Arendt.
[...] Au moins, sous la tyrannie, l'injustice est « honnête » parce qu'elle est claire. Pire encore, l'idée qu'on refuse aux « sans-droits » des libertés fondamentales en prétextant qu'ils ne peuvent pas en avoir davantage que ceux qui ont enfreint la loi, est très grave puisqu'Arendt explique qu'on les compare à des criminels6 alors qu'ils n'ont même pas commis de crime. C'est un raccourci comme un autre, bien pratique pour justifier l'injustifiable. C'est pourquoi avoir une opinion, c'est bien mais être entendu, c'est mieux. [...]
[...] Après, est-ce qu'on peut dire que l'Etat qui nourrit ses citoyens dès le berceau est si différent de la charité ? En un sens, oui. La charité existe là où le droit est absent, mais l'Etat a toujours agit par obligation envers ses citoyens : il nous nourrit pour qu'on devienne productifs afin de servir son intérêt. Bien qu'elle soit souvent plus rapide et plus profitable qu'un Etat, sans la charité, beaucoup de sans-droits mourraient tout simplement. On peut critiquer son instabilité, mais Arendt ne dit pas que la charité est inutile (« la prolongation de leur vie, ils la doivent à la charité »9), elle dit implicitement que ce n'est pas suffisant pour garantir une dignité humaine stable, parce qu'on donne juste assez pour apaiser la conscience, mais pas assez pour changer les choses. [...]
[...] Ce sont deux cas totalement différents que l'on appelle le paradoxe des droits de l'homme et du citoyen. Arendt l'illustre particulièrement à travers la situation des Juifs apatrides sous le régime nazi. Historiquement, après avoir perdu leur nationalité allemande, ces derniers n'avaient aucun Etat pour les protéger et se retrouvaient entièrement démunis. Même les pays qui les accueillaient hésitaient à leur accorder une reconnaissance juridique, les condamnant à une existence précaire. En tant que réfugiée juive ayant perdu sa nationalité allemande avant de rejoindre les Etats-Unis, ellemême, a vécu cette situation d'apatride. [...]
[...] Et ce que dit Arendt, c'est que la dignité ne peut pas seulement être proclamée, elle doit être vécue. Donc, si on ne donne pas aux gens une vraie place dans le monde, alors ça ne vaut rien. C'est la raison pour laquelle dans ce contexte précis, la dignité doit être un droit inaliénable pour chaque individu, indépendamment de toute faveur, contrairement à la charité, qui reste une faveur accordée. Par la suite, Arendt nous dit que ce qui est en jeu, c'est « appartenir à la communauté » (l.25-l.26). [...]
[...] Cet extrait de texte nous confronte à une réflexion dérangeante : La justice que la société établit par l'intermédiaire de la légalité repose-t-elle sur une construction du pouvoir politique ? Subséquemment, pourquoi ces individus, à l'origine porteurs de droits de nature humaine, sont-ils ainsi abandonnés à la seule compassion humaine dans cet ordre mondial ? Si l'impossibilité pour les apatrides d'obtenir la reconnaissance humaine au sein d'une communauté organisée reflète leur marginalisation il n'en demeure pas moins que l'importance des principes juridiques montre aussi l'échec d'un système politique universel incapable de les protéger (II). [...]
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