Vers la paix perpétuelle, Kant, Sciences politiques, pouvoir, théorie de la paix démocratique, état de nature, Etat de droit, sociologie, idéalisme, relations internationales
Dans son ouvrage "Vers la paix perpétuelle", Emmanuel Kant considère que les relations entre les États, en l'absence d'une législation commune, sont essentiellement belliqueuses. Suivant la tradition théorique de l'état de nature (qui s'attache à penser l'homme en dehors de toute sociabilité, pour en dégager les caractères essentiels, pour essayer de reconstituer une « nature humaine »), Kant tâche de penser un état de nature des États de droit, c'est-à-dire un monde dans lequel les États coexistent sans traités, sans règles internationales. Cela le mène à considérer que l'état de paix n'est pas un état naturel, à l'état de nature, les États sont en guerre, et, pour obtenir un état de paix durable, il s'agit donc de l'instituer légalement.
[...] Le premier échelon, le jus civitatis, est celui qui règne au sein d'un État, celui qui permet à l'homme de sortir de ce qu'on a appelé plus tôt un « premier » état de nature. Le second échelon, le jus gentium ou « droit des gens des État, dans leurs rapports mutuels », est celui qui règle le comportement des individus d'un État donné (d'un état civique-légal particulier) à l'égards des individus d'un autre État (d'un autre état civique-légal différent du premier). Le troisième échelon, le jus cosmopoliticum, ou « droit cosmopolitique », concerne les rapports qu'entretiennent entre eux les différents États (c'est-à-dire les autorités qui maintiennent des états civiques-légaux particuliers), dans leur fonction représentative, diplomatique, en tant qu'ils font partie d'un même état communautaire légal, en tant qu'ils sont soumis à des règles communes sans pour autant former un seul et même état civil. [...]
[...] Kant tire une conséquence radicale de cette subsistance d'un état de nature second, interétatique : dès lors que la présence d'un homme, dont « l'absence de lois de son état » me « menace constamment » suffit pour me léser, puisque cette menace constitue pour moi une forme d'insécurité, il m'est légitime de le « contraindre soit à entrer avec moi dans un état communautaire et légal, soit à s'écarter de mon voisinage. » La simple coexistence d'individus ou d'entités civiques distinctes à l'état de nature suffit à déclencher une situation de menace et d'insécurité perpétuelles, aussi Kant considère-t-il qu'il est légitime de remédier à cette situation par tout moyen possible : si l'on ne parvient à convaincre autrui d'entrer dans un état communautaire et légal, il devient légitime de le chasser. De l'exposé qui précède, Kant tire une thèse qui fonde son projet de paix perpétuelle et qui découle du caractère démonstratif de l'exposé qu'on a commenté jusqu'ici : « tous les hommes qui peuvent agir les uns sur les autres de manière réciproque doivent appartenir à une constitution civique quelconque ». [...]
[...] Kant oppose ensuite à cette situation celle de l'état de nature entre les hommes ou entre les peuples, état précaire dans lequel chacun est, à la manière hobbesienne, l'ennemi de chacun, dès lors qu'il constitue une menace potentielle, n'étant pas tenu par des lois communes de respecter la sécurité de l'autre. Cette situation d'état de nature s'observe, dans le premier état de nature, en l'absence de tout État politique, de tout « état civique-légal ». Mais comme le fait remarquer Kant, cette situation est également celle dans laquelle se trouve chaque individu d'un État particulier à l'égard de tous ceux qui n'en font pas partie, y compris ceux qui appartiendrait à un autre État particulier, sans que ces deux États ne se soient eux-mêmes soumis à des règles communes. [...]
[...] Dans le monde d'aujourd'hui, où l'essentiel des États sont en mesure d'agir de manière réciproque les uns sur les autres, s'observe en ce sens la nécessité d'un état communautaire et légal à l'échelle mondiale. À un niveau plus local, la communauté européenne semble aller dans le sens de ce que Kant vise dans ce texte. Dans un second mouvement, Kant distingue trois degrés de légalité, trois échelons de droit qui doivent être appliqués au sein d'un État pour permettre l'installation d'une paix perpétuelle. [...]
[...] Dans un second moment, ce texte expose les trois échelons de droit qui doivent être mis en place par les États en vue de l'établissement d'une paix universelle, d'une paix à l'échelle mondiale (interétatique) : le droit civique (jus civitatis), le droit des gens (jus gentium), et le droit cosmopolitique (jus cosmopoliticum). Dans ce texte, Kant montre donc la nécessité d'introduire un cadre légal pour réguler les rapports entre des états communautaires particuliers, en posant le caractère incertain et belliqueux de leur coexistence à l'état de nature. [...]
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