Culture, humanité, fraternité, Baudelaire, Hobbes, Kant, Montaigne, Günther Anders, Hannah Arendt
Que signifie de se demander si tous les hommes sont frères en humanité ? La question présente un aspect tautologique auquel il convient de ne pas s'arrêter dans la mesure où l'humanité est un concept subsidiaire au simple fait biologique qui constitue l'homme ou le frère, fait dans lequel se marque une forme de fatalité en ce sens que le choix semble en être absent. Comment donc l'humanité représente-t-elle un choix qui défie la simple proximité affective et où notre liberté ainsi que notre raison sont mises à l'épreuve ? Qui ou qu'est-ce qui décrète l'appartenance ou la non-appartenance à l'humanité ? Si elle englobe tout ce qui distingue l'humain, on peut se demander si elle revêt forcément une valeur positive et dans quelle mesure elle permet de fonder une communauté entre les hommes. L'humanité semble d'abord indissociable de la culture et se caractérise en tant qu'elle se fonde sur la raison, ce qui ne va pas sans ambivalence, comme nous le verrons, et nécessite de la relier à une volonté de fraternité choisie, où persiste finalement une dimension affective.
[...] Elle se présente comme un horizon qui tisse un lien fraternel entre les hommes, entre passé et présent, en vertu d'un héritage qui nous est légué par la culture et s'acquiert par l'instruction. Comme le suggère l'étymologie, elle réclame d'être cultivée incessamment comme un témoignage de ce qu'il y a de meilleur mais aussi de pire en l'homme. Ainsi Alain attribue à la culture le devoir de fournir des exemples sur lesquels régler sa conduite, qui établissent une fraternité, remplaçant la foi religieuse par une sorte de religion laïque. [...]
[...] Cette reconnaissance est ainsi le stade premier qui tire l'homme de l'état de nature et des affects dont il est initialement la proie. Le lien fraternel ne s'envisage plus comme un état de fait, qui contraint l'homme, mais un horizon moral où sa conscience est indéfiniment façonnée au prisme de l'expérience. L'humanité, et le lien fraternel qu'elle comprend, se présente donc comme une entité protéiforme et ambivalente, battue en brèche par l'histoire et qui ne va pas sans poser problème. [...]
[...] Que signifie donc de se demander si tous les hommes sont frères en humanité ? La question présente un aspect tautologique auquel il convient de ne pas s'arrêter dans la mesure où l'humanité est un concept subsidiaire au simple fait biologique qui constitue l'homme ou le frère, fait dans lequel se marque une forme de fatalité en ce sens que le choix semble en être absent. Comment donc l'humanité représente-t-elle un choix qui défie la simple proximité affective et où notre liberté ainsi que notre raison sont mises à l'épreuve ? [...]
[...] La fraternité est donc une démarche consciente. Elle est un souci de l'autre envisagé comme un semblable : dans la rencontre, chacun se constitue comme obligé vis-à-vis de l'autre. Cette acceptation, librement consentie, est ce qui fonde l'humanité et la fraternité est donc un pacte indéfiniment reconduit et qui se heurte à des déceptions, elles-mêmes inséparables de l'idée d'humanité. C'est pourquoi Levinas voit dans l'autre l'occasion d'un sacrifice où s'abolit l'amour-propre, dès lors qu'on décide de vivre pour un autre. [...]
[...] L'homme est au premier chef un être de la nature mais l'exigence morale est le rappel que nous ne sommes pas simplement des êtres de la nature et que nous sommes appelés à fonder un règne humain. C'est pourquoi l'humanité se présente comme une entité changeante, mouvante, en perpétuelle reconstruction mais définie selon un horizon moral. L'humanité désigne ainsi une volonté optimiste qui se manifeste dans l'histoire et selon laquelle l'homme se rapproche toujours plus de sa destination finale, quand bien même le chemin est semé d'embûches et de violence. [...]
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